Un roi sans tête

roi échecs medieval
Roi du XIVe – XVe, Italie, Lazio, province de Rome, 10 cm. British Museum.

Les nombreuses pièces découvertes au cours des fouilles archéologiques permettent de supposer que les échecs étaient couramment pratiqués au Moyen Age, du moins par les classes nobles. Leurs dispositions sur les sites, dans ou autour des habitats de la classe aristocratique, ne laissent point de doute. Les dés, le trictrac, les merelles médiévales, où deux joueurs devaient aligner des pions, étaient plus joués par la soldatesque et le bas peuple. Cette différence n’était pas uniquement culturelle, le coût d’acquisition élevé d’un échiquier et de ses pièces réservait ce jeu à l’élite. Les fictions littéraires de l’époque témoignent également de la pratique des échecs par l’ensemble de la noblesse, mais là encore, le prix d’un bel échiquier limitait sans doute la diffusion du jeu, « cette omniprésence des soixante-quatre cases n’était certainement pas aussi marquée. La prégnance de l’échiquier dans la vie des aristocrates ne serait donc parfois qu’un stéréotype littéraire sans rapport avec la réalité – les formules récurrentes dans les textes décrivant un noble jouant a dés, as tables, as eschés seraient la marque de ce cliché. Cependant, le public à qui s’adressent ces textes devait quand même connaître les échecs, sans quoi on comprendrait mal la permanence de ce topos¹. »

Un roi sort de son château, précédé d’un lion. Les archers veillent sur les chemins de ronde et ses chevaliers, armes à la main, l’entourent et le protègent. On peut aisément imaginer à la finesse et la richesse de la décoration que ces pièces devaient coûter les yeux de la tête, que le pauvre roi à perdu d’ailleurs.

Les échecs étaient alors, pour tout jeune aristocrate, un support d’apprentissage favorisant l’acquisition d’un savoir, de capacités intellectuelles. Ils furent adoptés par les cours chrétiennes féodales comme un jeu qui servait à affiner les compétences stratégiques de ses joueurs. On pensait que l’impassibilité et la prévoyance nécessaires au jeu reflétaient les attributs et les vertus d’un vrai prince guerrier. « Reconnus à la fin du Moyen Âge à condition d’avoir rompu toute attache avec l’argent et le hasard¹. »

¹ La règle du jeu au Moyen Âge : « On ne peut bien sans regle ouvrer » d’Amandine Mussou et Laëtitia Tabard, 2010.

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