Fresh

Fresh a douze ans et vit dans le quartier noir de New-York, Harlem. Il est le garçon à tout faire du quartier. Écoulant de la drogue pour le compte d’Esteban, il ne mène pourtant pas une vie de gangster et va à l’école tous les jours. Dès qu’il le peut, il retrouve son père, devenu clochard et hustler*, en cachette. Ce dernier lui enseigne les échecs. Devenu un expert en manipulation, Fresh met sur pied un plan machiavélique pour venger la mort de sa petite-amie, abattue lors d’un règlement de comptes.

Fresh, réalisé par Boaz Yakin en 1994 avec Sean Nelson et Samuel L. Jackson, « dans le jargon branché (déjà presque daté) des rappeurs noirs américains, ça veut dire chic, choc, énergique, explique François Gorin dans Télérama. Et le Freshman, en langage plus intemporel, c’est un débutant. Mais le jeune héros du film de Boaz Yakin n’est pas tout à fait un bleu. À 12 ans, ce gosse de Brooklyn a déjà beaucoup appris : à livrer du crack ou de l’héro avant l’heure de l’école ; à se faufiler comme une anguille entre deux gangs rivaux ; à mentir quand il le faut. Dans le monde où vit Fresh, le meurtre est au coin de la rue. Les angoisses d’enfant se diluent vite, trop vite, dans les calculs d’adultes et les réflexes de survie. Le réalisateur prend le parti de nous faire adopter le point de vue du gamin. C’est ce regard, tout à tour effaré et lucide, qui nous conduit au cœur de son parcours initiatique : un apprentissage de la manipulation. Le jeu d’échecs, inculqué à Fresh par un père semi-clochard, en est la métaphore limpide. Et c’est l’entrée d’un gamin dans cette logique froide qui fait peur, plus que la violence, dont Boaz Yakin fait d’ailleurs un usage peu spectaculaire. Ici, pas d’enchaînement de scènes d’action rythmées par des tubes rap. Au point d’en paraître anachronique, la mise en scène prend son temps, sur une musique discrète signée Stewart Copeland. Comme il s’agit du premier film d’un scénariste, on ne s’étonnera pas d’un tel scrupule. »

* Un chess hustler est un joueur de blitz qui joue pour quelques dollars dans les parcs, particulièrement à New-York. Parmi les chess hustlers fameux : Humprey Bogart qui gagnait ainsi sa vie durant la Depression, Arnold Denker, le futur champion US et le réalisateur Stanley Kubrick qui associa sa passion pour ce jeu à nombreux de ces films. Bien qu’illégal, ce petit commerce est toléré par les autorités. Très bon joueur en général, mais un peu arnaqueur, le chess hustler peut donner un coup de pouce à la chance en traficotant la pendule à son avantage, où, quand la chance la quitte, fuir la partie par une pause inopinée.

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