Les échecs du langage

Les échecs c’est comme le langage, on ne sait pas plus ce que l’on joue que ce que l’on dit.

T. Berthier

Ferdinand de Saussure, précurseur du structuralisme en linguistique, utilisa lui aussi en 1894, la métaphore de la partie d’échecs pour expliquer ses concepts novateurs, mais ardus à comprendre pour le non-spécialiste. L’image de la partie d’échecs illustre l’idée qu’on ne peut saisir les faits linguistiques qu’en tenant compte à la fois de la « position » et des « antécédents », la suite de coups qui amena une telle position. Pour Saussure, c’est dans son ensemble qu’il faut envisager la partie d’échecs, stigmatisant deux erreurs des linguistes de son temps : les uns considérant la langue seulement comme une position d’échecs ; les autres seulement comme une suite de coups.

Mais, aussi, cette comparaison étaye l’idée que la langue peut être appréhendée en elle-même, indépendamment de sa dimension temporelle : « Dans une partie d’échecs, n’importe quelle position donnée a pour caractère singulier d’être affranchie des antécédents » : il est indifférent d’y être arrivé par une voie ou par une autre ; suivre toute la partie ne donne pas d’avantage sur le curieux qui jette un œil au moment critique ; pour décrire cette position, il est parfaitement inutile de connaître ce qui vient de se passer dix secondes auparavant.

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