Échecs à la mine

À plus de 1800 mètres d’altitude, dans la seconde moitié du XIIe siècle, un village s’implante, sur un haut plateau au cœur du massif de l’Oisans, afin d’exploiter un gisement de plomb argentifère. Une inondation survenue en 1300 causa la fermeture de la mine et le village se vide alors très rapidement de ses occupants.

Pion, reine et deux dés découverts sur le site de Brandes.

Malgré des conditions de vie assez rudes, les habitants de Brandes avaient un niveau de vie élevé, vêtement, régime alimentaire et ils avaient du temps à consacrer aux loisirs comme en témoigne la découverte de quelques objets : des dés en os, une guimbarde en fer, des galets plats incisés d’une marelle, un jeton en plomb et enfin, un pion et une reine d’échecs.

Le pion en bois (H. = 28, D. = 23) de forme tronconique était décoré de quatre ocelles. L’emplacement du quatrième est endommagé. La reine (H. = 31, l. = 22) est en schiste vert, surmontée d’une couronne symbolisée par trois ronds. Un visage y est très finement ciselé dans cette pierre dure. Un second visage féminin plus détaillé est incisé sur l’une des faces latérales. On distingue les cheveux (ou coiffe), le tour du visage, les sourcils, le nez, les yeux et la bouche.

échecs brandes
Un Cavalier noir qui devient reine.

Une expertise établit qu’il s’agissait d’une pièce de type italo-musulman, un ancien cavalier noir, daté des XIIIe – XIVe siècles. Les graffitis qui en feront une reine d’échecs seraient postérieurs dans le Moyen Âge selon Michel Pastoureau.

Les échecs du langage

Les échecs c’est comme le langage, on ne sait pas plus ce que l’on joue que ce que l’on dit.

T. Berthier

Ferdinand de Saussure, précurseur du structuralisme en linguistique, utilisa lui aussi en 1894, la métaphore de la partie d’échecs pour expliquer ses concepts novateurs, mais ardus à comprendre pour le non-spécialiste. L’image de la partie d’échecs illustre l’idée qu’on ne peut saisir les faits linguistiques qu’en tenant compte à la fois de la « position » et des « antécédents », la suite de coups qui amena une telle position. Pour Saussure, c’est dans son ensemble qu’il faut envisager la partie d’échecs, stigmatisant deux erreurs des linguistes de son temps : les uns considérant la langue seulement comme une position d’échecs ; les autres seulement comme une suite de coups.

Mais, aussi, cette comparaison étaye l’idée que la langue peut être appréhendée en elle-même, indépendamment de sa dimension temporelle : « Dans une partie d’échecs, n’importe quelle position donnée a pour caractère singulier d’être affranchie des antécédents » : il est indifférent d’y être arrivé par une voie ou par une autre ; suivre toute la partie ne donne pas d’avantage sur le curieux qui jette un œil au moment critique ; pour décrire cette position, il est parfaitement inutile de connaître ce qui vient de se passer dix secondes auparavant.