Match France-Angleterre

Nous savons tous, pour l’avoir expérimenté, au moins au niveau de nos émotions, que notre jeu est d’autant plus violent que cette violence est contenue. Qui imaginerait à observer deux joueurs, paisiblement installés devant leur échiquier, quelle tempête d’émotions il peut provoquer. Métaphore de l’affrontement guerrier, « les Échecs sont l’art de la guerre sans les charniers, c’est la résurrection des morts tombés au champ d’honneur, l’espoir perpétuel, la suprématie de l’intelligence sur la force, la culture de l’esprit », écrit Francis Szpiner. Ils furent cependant peut-être à l’origine d’un conflit bien réel. On raconte que dans les années 1120, le roi Henry Ier d’Angleterre et le roi Louis VI  de France  en vinrent aux mains, au cours d’une partie d’Échecs à Paris. L’histoire, selon qu’elle soit anglaise ou française, raconte que Louis jeta l’échiquier à la tête de son adversaire ou que Henry le fracassa sur le crâne de Louis. Bref, nos deux dignes monarques se bagarrèrent comme de vulgaires manants. Cet incident, ce qui est moins drôle, fut le départ d’une guerre qui dura 12 ans.

Étude échiquéenne

Merlyn Oliver Evans
Evans, Merlyn Oliver – First Study for ‘The Chess Players’, Bolton Library & Museum Services, Bolton Council.

Merlyn Oliver Evans 1910–1973, peintre, graveur et sculpteur. Né à Cardiff, il grandit à Glasgow, où il étudia à l’École d’Art. Au cours de cette période, il travaillait déjà comme artiste abstrait. Une bourse de voyage lui permit d’aller en France, Allemagne, Danemark et en Suède. Il y rencontra de nombreux grands artistes, entre autres Kandinsky et Mondrian. Voici une première étude et le tableau final Les Joueurs d’échecs, 1973.

Merlyn Oliver Evans

Les Pièce de Crèvecœur

pièce echecs crevecoeur
Le Roi (ou la Reine), le Cavalier et le pion en ivoire de morse, XIe ou début du XIIe

Découvertes en 1864 dans la haute-cour du château de Crèvecœur-en-Auge, par des chasseurs de trésor qui espéraient y découvrir un butin caché, selon une légende anglaise, à la fin de la guerre de Cent Ans. Ces superbes pièces de grande qualité artistique, délicatement ornées, forment un ensemble remarquable et cette découverte a constitué un des grands apports archéologiques du XIXe siècle pour le domaine du jeu en France. « Ces pièces sont exceptionnelles dans la mesure où elles allient un matériau qui indiquerait plutôt une fabrication septentrionale (le morse) à un décor d’influence méditerranéenne. Les motifs, notamment les rosaces constituées d’ocelles concentriques, incisés y sont en effet similaires à ceux des pièces islamiques d’Égypte, de Sicile ou d’Italie du sud² ». Comme souvent, il est difficile de définir si la plus grande pièce est le Roi ou la Reine, la distinction entre les deux se faisaient sur la taille.

Elles reproduisent presque à l’identique les figures islamiques stylisées. Au XIIe siècle encore, les pièces orientales servent de modèles aux artisans européens, alors même que ces régions produisaient des formes nouvelles plus figuratives. « La part d’invention occidentale des figures de Crévecœur ne tient pas à leur forme et à leur décor, mais au support utilisé : taillées dans les canines de morses chassés sur les côtes occidentales du Groenland, elles révèlent une symbolique des matières et des circuits d’approvisionnement totalement étrangers à l’espace islamique¹ ». « La découverte en Normandie d’œuvres fortement influencées par l’art islamique apporte le témoignage du goût pour celui-ci en Europe septentrionale. On peut imaginer que les joueurs d’échecs au Moyen Âge appréciaient la correspondance formelle de ces pièces avec l’origine du jeu pratiqué² ».

¹ Le jeu d’échecs entre espace islamique et mondes normands. Article publié dans le dossier thématique – actes de la journée d’étude du 20 novembre 2015, Les transferts culturels dans les mondes normands médiévaux I – Des mots pour le dire ?
² Art du jeu dans l’art de Babylone à l’Occident médiéval, Musée de Cluny

Mauvais Perdant

Dessin humoristique paru dans Let’s Play Chess – Chess Review (New York, 1950)

Avec l’aimable traduction de Philippe Laplace qui nous indique un jeu de mots dans le nom du club : Open Knights Chess Club peut aussi se lire Open Nights Chess Club, « Club d’échecs Soirées Portes Ouvertes ».

Prince et citoyens

Prince citoyens

« C’est aux échecs que le simple citoyen apprend ce qu’il doit à la société dont il est membre, ce qu’il doit au Prince dont il est le sujet ; il y voit que dans les relations sociales, il faut honorer les rangs et les services […] que la personne du Souverain est inviolable, et que de sa conservation dépendent la sûreté et le bonheur d’un peuple entier. C’est aux échecs que les Princes apprennent que leur puissance a besoin, pour se maintenir, du concours de leurs sujets, que l’autorité du plus grand des Rois est toujours précaire, si le zèle et le dévouement de son peuple ne lui forment un rempart contre ses ennemis ».

Anonyme, sans doute un émigré  français pendant la Révolution.

Se bien garder de vaincre son maître

Baltasar Gracián

Un Seigneur Espagnol, ayant joué très longtemps aux Échecs avec Filippe II et gagné toutes les parties, s’aperçut au sortir du jeu, que le Roi avait un profond chagrin. C’est pourquoi, dès qu’il fut de retour à la maison : « Mes enfants, dit-il, nous n’avons plus que faire à la Cour, il n’y fera jamais bon pour nous, car le Roi est offensé de ne m’avoir pu gagner aux Échecs » (jeu, où tout dépend de l’esprit des joueurs, et non du sort).

Baltasar Gracián, L’homme de Cour,  traduit et commenté par le sieur  Amelot  de la Houssaie.