Les pièces de Boves

À 8 km d’Amiens, le château de Boves était édifié sur une imposante motte artificielle, contrôlant la cité. Occupé du Xe au XVIe siècles, la présence d’une grande salle de réception au pied du donjon indique une résidence aristocratique de très haut niveau, peut-être même une forteresse royale. Malheureusement, au début du XVIIe siècle, le château est démantelé puis transformé en carrière de pierres. Les jeux de hasard et de stratégies sont une composante essentielle de la vie quotidienne au Moyen Âge et ils furent associés très tôt à des thématiques universelles telles que la puissance, l’amour, l’art divinatoire et la notion de destin et l’on jouait sans aucun doute dans cette riche demeure.

Les pièces découvertes correspondent à la période d’occupation la plus ancienne. Sculptées en bois de cerf, l’une dans le cristal de roche, elles reproduisent le style islamique non-figuratif et furent façonnées sur place à partir de bois de cervidés tués à la chasse.

echecs boves
Une tour et trois pions en bois de cerf, Xe – XIIe siècles.

Elles sont ornées de cannelures verticales proches des pièces de Noyon. 

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La pièce en forme de trône est un roi ou une Reine.

En revanche, le pion en cristal de roche a sans doute fait le chemin d’orient, dans les fontes d’un croisé revenant de Terre Sainte, acheté sur le chemin de retour à un tailleur égyptien du Caire. En forme de pyramide à base octogonale, ses huit pans courbes et lisses se rejoignent en une petite plateforme.

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Pion d’échecs en cristal de roche
provenant du site de Boves

Il est identique aux pions du trésor de la collégiale Sant Pere d’Àger en Catalogne. Cet ensemble de dix-neuf pièces aurait été légué par le comte d’Urgel, Ermangaud Ier au début du XIe siècle.

Jeu conservé au musée de Lleida.

Les échecs, introduits par les colons musulmans d’Al-Andalus, furent adoptés par les cours chrétiennes féodales comme un jeu qui servait à affiner les compétences stratégiques de ses joueurs. On pensait que l’impassibilité et la prévoyance nécessaires au jeu reflétaient les attributs et les vertus d’un vrai prince guerrier. Cet ensemble appartenait autrefois à Arnau Mir de Tost, seigneur d’Àger, l’un de ces princes guerriers. Lui et sa femme possédaient de nombreuses œuvres d’art.

Quelques-unes de dix-neuf pièces provenant de l’église de Sant Pere d’Àger, fabriquées en Égypte au Xe ou XIe siècle.

« Concernant l’exemplaire de Boves, son isolement dans les couches archéologiques de la motte n’est peut-être pas anodin. En effet, les fabricants dépendaient de l’approvisionnement en matériau et donc ne s’attachaient pas nécessairement à la réalisation de jeux complets, mais produisaient des pièces selon les morceaux dont ils disposaient, l’acquéreur devant lui-même se constituer son jeu. Les pièces de jeu étaient parfois détournées de leur fonction première afin de mettre en avant leurs qualités ornementales et précieuses. Elles ont parfois été utilisées en tant que pièce unique, marque ostentatoire d’un attribut réservé aux potentes plutôt qu’élément ludique d’un ensemble de jeu¹ ».

¹ Échecs et trictrac – Fabrication et usages des jeux de tables au Moyen Âge, catalogue de l’exposition présentée du 23 juin au 18 novembre 2012 au musée du château de Mayenne, sous la direction de : Mathieu Grandet et Jean-François Goret

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