Le château de Bressieux

château Bressieux
Le château de Bressieux (Isère) construit à la fin du XIe siècle sur une hauteur située en bordure de la plaine de Bièvre dans le Dauphiné.

Par l’ampleur de ses ruines tout en briques roses, on peut encore aujourd’hui imaginer sa beauté primitive. On y découvrit, lors d’une campagne de fouilles archéologiques, trois belles pièces de jeu d’échecs datées de la première moitié du XIIIe siècle, un roi, une tour et un cavalier stylisés, reprenant les modèles du jeu hindous selon la stylistique islamique interdisant la représentation figurative.

château Bressieux echecs
Le Roi, la Tour et le Cavalier

Le roi, sculpté comme la tour dans un os long d’un grand mammifère, est un cylindre ovale de 2,5 cm de hauteur. Dans la tradition arabe, l’avancée triangulaire symbolise le crâne d’un éléphant, le crénelage sommital évoque la couronne et le monarque transporté. Les incisions latérales étaient sans doute destinées à différencier les camps. De tels types de pièces, rependues dans toute l’Europe, furent retrouvées à Sandomierz en Pologne ou dans ruines du château de Niederralta en Suisse.

La tour (1,5 cm)possède l’échancrure traditionnelle du rukh (le char) arabe décorée par des ocelles. Une double ligne centrale, encadrée d’ocelles permettait de reconnaître sa pièce. Le cavalier de 1,8 cm de hauteur est en bois de cerf et reprend la forme typique du faras (cheval) au corps cylindrique porteur d’une tête triangulaire projetée vers l’avant, les yeux étant stylisés par l’incision transversale.

Un pion nommé Alice

Enid Shawyer (née Stevens) joua petite fille avec Lewis Carroll. Elle écrira plus tard : « Nous jouions à tous les jeux possibles, mais pas comme nous l’avions appris. Il avait ses propres règles entièrement nouvelles. Pour les échecs, il était, bien sûr, un maître et il n’était pas question de transgresser les règles. Mais jouer aux échecs était le plus amusant : les chevaliers et les fous prenaient vie et tenaient des discussions animées sur les droits des reines ou la propriété des châteaux ».

lewis carrol miroir
Illustration de Sir John Tenniel, 1866.

Elle avait entre-temps planté tous les piquets et Alice, vivement intéressée, la regarda revenir vers I’arbre, puis se mettre à marcher lentement le long de la ligne droite qu’elle venait de tracer. Parvenue au piquet qui marquait le deuxième mètre, elle se retourna et dit : « Un pion, lorsqu’il se déplace pour la première fois, franchit deux cases. Donc, vous traverserez très rapidement la troisième case – par chemin de fer, je suppose – et vous vous trouverez dans la quatrième case en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Or, cette case-Ià appartient à Twideuldeume et à Twideuldie ; la cinquième ne renferme guère que de l’eau… La sixième est la propriété de Heumpty-Deumpty… Mais vous ne faites aucune remarque ? »
« Je… Je ne savais pas que j’avais à en faire une… à ce moment-ci », balbutia Alice.
« Vous auriez dû dire, poursuivit, sur un ton de vive réprimande, la Reine : « C’est très aimable à vous de me dire tout cela… » Enfin, nous supposerons que vous I’avez dit… La septième case est constituée par une forêt – mais un Cavalier vous montrera le chemin – et dans la huitième case nous serons Reines, de conserve, et ce ne sera que festoiement et réjouissances ! » Alice se leva, fit une révérence et se rassit.
Parvenue au piquet suivant, la Reine se retourna derechef et dit : « Quand vous ne pouvez vous rappeler le mot anglais qui désigne tel ou tel objet, parlez français… en marchant, écartez bien les pointes des pieds… et rappelez-vous qui vous êtes ! » Elle ne laissa pas cette fois à Alice le temps de faire une révérence ; elle alla d’un pas vif jusqu’au piquet suivant, se retourna pour dire « au revoir » et se dirigea rapidement vers le dernier piquet.
Alice ne sut jamais comment la chose advint, mais, au moment précis où elle arrivait à la hauteur du dernier piquet, la Reine disparut. S’était-elle volatilisée dans les airs, ou avait-elle couru s’enfoncer sous I’ombrage des bois (« et elle est capable de courir très vite », pensa Alice), impossible de deviner laquelle de ces deux solutions elle avait choisie ; mais ce qu’il y avait de certain, c’est qu’elle était partie, et Alice commença de se souvenir qu’elle était un Pion, et qu’il serait bientôt temps pour elle de se déplacer.

Lewis Carroll, De l’autre côté du miroir, 1871 (traduction de Henri Parisot, Aubier-Flammarion, 1971)

Un autre extrait…