L’échiquier d’Alice

Lewis Carrol était joueur d’échecs. Dans son journal, il évoque certaines de ses parties : contre le fils de Tennyson qu’il battit très facilement ou bien dans le train pendant son voyage en Russie. Parties malheureusement perdues bien qu’il dût les conservées. Il note dans son journal, le 6 septembre 1866 : « Reçu de chez Vincent, 250 feuilles de partie vierges. Jouer aux échecs est l’occupation familiale en ce moment. Jouer en consultation est des plus intéressant, beaucoup plus que le jeu ordinaire, et noter la partie, pour la rejouer plus tard, ajoute beaucoup à l’intérêt ».

lewis carroll joueur
Illustration de Sir John Tenniel, 1866.

Pendant quelques minutes Alice demeura sans mot dire, à promener dans toutes les directions son regard sur la contrée qui s’étendait devant elle et qui était vraiment une fort étrange contrée. Un grand nombre de petits ruisseaux la parcouraient d’un bout à l’autre, et le terrain compris entre les dits ruisseaux était divisé en carrés par un nombre impressionnant de petites haies vertes perpendiculaires aux ruisseaux.
« Je vous assure que l’on dirait les cases d’un vaste échiquier ! finit par s’écrier Alice. Il devrait y avoir des pièces en train de se déplacer quelque part là-dessus – et effectivement il y en a ! ajouta-t-elle, ravie, tandis que son cœur se mettait à battre plus vite. C’est une grande partie d’échecs qui est en train de se jouer – à l’échelle du monde entier – si cela est vraiment le monde, voyez-vous bien.
Oh ! que c’est amusant ! Comme je voudrais être une de ces pièces-là ! Cela me serait égal d’être un simple Pion, pourvu que je pusse prendre part au jeu… mais, évidemment, j’aimerais mieux encore être une Reine. »
En prononçant ces mots elle lança un timide regard à la vraie Reine, mais sa compagne se contenta de sourire aimablement et lui dit : « C’est un vœu facile à satisfaire. Vous pouvez être, si vous le désirez, le Pion de la Reine Blanche, car Lily est trop jeune pour jouer. Pour commencer, vous prendrez place dans la seconde case ; et quand vous arriverez à la huitième case, vous serez Reine… » À ce moment précis, on ne sait trop pourquoi, elles se mirent à courir.

Lewis Carroll, De l’autre côté du miroir, 1871 (traduction de Henri Parisot, Aubier-Flammarion, 1971)

Un autre extrait…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *