Étude échiquéenne

Merlyn Oliver Evans
Evans, Merlyn Oliver – First Study for ‘The Chess Players’, Bolton Library & Museum Services, Bolton Council.

Merlyn Oliver Evans 1910–1973, peintre, graveur et sculpteur. Né à Cardiff, il grandit à Glasgow, où il étudia à l’École d’Art. Au cours de cette période, il travaillait déjà comme artiste abstrait. Une bourse de voyage lui permit d’aller en France, Allemagne, Danemark et en Suède. Il y rencontra de nombreux grands artistes, entre autres Kandinsky et Mondrian. Voici une première étude et le tableau final Les Joueurs d’échecs, 1973.

Merlyn Oliver Evans

Les Pièce de Crèvecœur

pièce echecs crevecoeur
Le Roi (ou la Reine), le Cavalier et le pion en ivoire de morse, XIe ou début du XIIe

Découvertes en 1864 dans la haute-cour du château de Crèvecœur-en-Auge, par des chasseurs de trésor qui espéraient y découvrir un butin caché, selon une légende anglaise, à la fin de la guerre de Cent Ans. Ces superbes pièces de grande qualité artistique, délicatement ornées, forment un ensemble remarquable et cette découverte a constitué un des grands apports archéologiques du XIXe siècle pour le domaine du jeu en France. « Ces pièces sont exceptionnelles dans la mesure où elles allient un matériau qui indiquerait plutôt une fabrication septentrionale (le morse) à un décor d’influence méditerranéenne. Les motifs, notamment les rosaces constituées d’ocelles concentriques, incisés y sont en effet similaires à ceux des pièces islamiques d’Égypte, de Sicile ou d’Italie du sud² ». Comme souvent, il est difficile de définir si la plus grande pièce est le Roi ou la Reine, la distinction entre les deux se faisaient sur la taille.

Elles reproduisent presque à l’identique les figures islamiques stylisées. Au XIIe siècle encore, les pièces orientales servent de modèles aux artisans européens, alors même que ces régions produisaient des formes nouvelles plus figuratives. « La part d’invention occidentale des figures de Crévecœur ne tient pas à leur forme et à leur décor, mais au support utilisé : taillées dans les canines de morses chassés sur les côtes occidentales du Groenland, elles révèlent une symbolique des matières et des circuits d’approvisionnement totalement étrangers à l’espace islamique¹ ». « La découverte en Normandie d’œuvres fortement influencées par l’art islamique apporte le témoignage du goût pour celui-ci en Europe septentrionale. On peut imaginer que les joueurs d’échecs au Moyen Âge appréciaient la correspondance formelle de ces pièces avec l’origine du jeu pratiqué² ».

¹ Le jeu d’échecs entre espace islamique et mondes normands. Article publié dans le dossier thématique – actes de la journée d’étude du 20 novembre 2015, Les transferts culturels dans les mondes normands médiévaux I – Des mots pour le dire ?
² Art du jeu dans l’art de Babylone à l’Occident médiéval, Musée de Cluny