Leonardo et sa muse

Franz von Matsch
Franz von Matsch (1861 – 1942) – Leonardo da Vinci jouant aux Échecs avec sa muse, 1890.

Depuis des temps immémoriaux, les Échecs sont étroitement liés aux arts plastiques. Il y bien des siècles, les premières représentations de personnages jouant ont été réalisées. Depuis, le jeu et ses conceptions complexes furent utilisés comme motif dans de nombreuses productions artistiques : peintures, gravures, dessins, photographies, musique, publicités, etc. Il y a tant de tableaux utilisant les Échecs comme thème principal, plus de 500 ! Ce qui nous permet même de dire que les échecs sont peut-être le jeu préféré des peintres. Quelle force dans ce jeu interpella tant d’artistes ? Peut-être la puissance du symbolisme, le mysticisme, la richesse de l’imaginaire échiquéen ? Peut-être parce que les Échecs sont une métaphore de la vie ? Ou parce qu’ils véhiculent l’image de grande classe, de virtuosité intellectuelle, de la lutte politique, et de l’ingéniosité artistique ? Probablement, un peu de tout.

Confiance

confianceLa confiance en soi est très importante. Si vous ne pensez pas que vous pouvez gagner, vous prendrez des décisions lâches dans les moments cruciaux, par pur respect pour votre adversaire. Vous voyez l’opportunité, mais aussi de plus grands obstacles que vous devriez. J’ai toujours cru en ce que je faisais sur l’échiquier, même sans aucune raison objective. Il est préférable de surestimer vos chances que de les sous-estimer.

Magnus Carlsen

Les Échecs thérapeutiques

Échecs thérapeutiques

Les Échecs et son aura de mystère ont de tout temps stimulé l’imaginaire. La croyance populaire a souvent professé que le roi des jeux rendait fou. Elle affirme tout autant, dans un juste et quasi-homéopathique retour, qu’il faut guérir le mal par le mal et le jeu d’Échecs fut employé très tôt dans le traitement des affections psychiatriques : dès le Xe siècle, Rhazès, le maître d’Avicenne, préconisait son utilisation dans la folie et Robert Burton dans son Anatomy of Melancholy, publié en 1621, évoquait déjà cette dualité, à la fois cause du mal et remède : « La pratique des Échecs est un bon exercice intellectuel pour l’esprit de certains hommes et il convient à ces sujets mélancoliques, qui sont oisifs et entretiennent des pensées inopportunes, ou bien sont affligés de soucis ; il n’est de meilleur remède pour distraire leur esprit et changer le cours de leur méditation ; inventé, dit-on par le général d’une armée en proie à la famine, pour éviter la mutinerie de ses hommes. Mais s’il est cause de trop d’attention, en pareil cas, il peut faire plus de mal que de bien ; c’est un jeu trop fatigant pour le cerveau de certains, la cause de trop d’anxiété, et finalement un mauvais remède ; de plus, c’est un jeu susceptible de provoquer la colère et fort difficile à supporter par celui qui se retrouve mat. En Moscovie, où durant tout l’hiver les habitants vivent près des fourneaux, en des pièces bien chauffées, sortent peu et pas bien loin, c’est un jeu fort nécessaire et pour toutes ces raisons, d’un usage très répandu ». À cette époque, l’on imaginait que les causes de la mélancolie (notre dépression actuelle) étaient l’ennui et le désœuvrement et l’église dans ces pays nordiques encourageait la pratique prophylactique des Échecs.

Le cavalier noir

Deux mois après la mort du célèbre romancier Sebastian Knight, son jeune demi-frère entreprend d’écrire sa biographie, de démêler le vrai du faux d’une destinée hors du commun. Enquête haletante, le premier roman que Nabokov en anglais constitue une réflexion amère sur l’impossibilité de parvenir à connaître la vraie vie d’un autre être, fût-ce du plus proche.

Nabokov Knight

La porte où je sonnai me fut ouverte par un homme maigre, grand, aux cheveux en broussaille, en manches de chemise, sans col, mais l’encolure munie d’un bouton doré. Il tenait à la main une pièce de jeu d’échecs – un cavalier noir. Je le saluai en russe.
– Entrez, entrez, me dit-il jovialement comme s’il m’eût attendu.
– Je m’appelle Un Tel, dis-je.
– Et moi, s’écria-t-il, Pavl Pavlitch Retchnoy, et il partit d’un gros rire, comme si c’eût été une bonne plaisanterie. « S’il vous plaît », dit-il en pointant son cavalier d’échecs vers une porte ouverte.
La pièce où j’entrai était sans prétentions ; il y avait une machine à coudre dans un coin, et dans l’air une légère odeur de toiles pour lingerie. Un homme de lourde stature était assis de travers à une table sur laquelle était étalé un échiquier en toile cirée, dont les cases étaient trop petites pour les pièces. Il regardait celles-ci du coin de l’œil, tandis qu’au coin de sa bouche le porte-cigarettes vide regardait de l’autre côté. Un joli petit garçon de quatre ou cinq ans était agenouillé sur le parquet, entouré de minuscules automobiles. Pavl Pavlitch lança sur la table le cavalier noir et la tête de celui-ci se détacha. Noir la revissa soigneusement.
– Asseyez-vous, dit Pavl Pavlitch. C’est mon cousin, ajouta-t-il. Noir salua. Je m’assis sur la troisième (et dernière) chaise. L’enfant se releva pour venir à moi et me montra silencieusement un crayon rouge et bleu tout neuf.
– Je pourrais te prendre la tour, maintenant, si je voulais, dit Noir sombrement, mais j’ai un meilleur coup à jouer.
Il souleva sa reine et délicatement l’insinua dans un groupe de pions jaunâtres – dont l’un était figuré par un dé à coudre.
La main de Pavl Pavlitch fondit sur l’échiquier et il prit la reine avec son fou. Puis il rit à gorge déployée.
– Et maintenant, dit Noir calmement quand Blanc eut cessé de s’esclaffer, maintenant te voilà dans le lac. Échec, mon mignon !

Vladimir Nabokov, La Vraie Vie de Sébastien Knight, 1941

Père et fils

Bertrand Russell
Le philosophe et mathématicien B. Russell photographié par Peter Stackpole à son domicile en Californie tout en jouant avec son fils John Conrad.

Cette photographie fut publiée dans la revue Life en avril 1940. Bertrand Russell est considéré comme l’un des plus importants philosophes du XXe siècle. Mathématicien et philosophe, né en Grande-Bretagne (Pays de Galles), petit fils du Premier ministre (John Russell), il est considéré comme le fondateur de la logique moderne. Après avoir perdu très tôt ses parents, il rejette la religion et trouve dans les mathématiques le moyen de satisfaire ses besoins de certitude.

« L’homme qui aime les Échecs suffisamment pour attendre tout au long de sa journée de travail la partie qu’il jouera dans la soirée est chanceux, écrivait-il en 1930 dans La conquête du bonheur, mais l’homme qui abandonne sont travail pour jouer aux Échecs le jour durant, a perdu la vertu de la modération ».