Les Échecs : un jeu de hasard

— Madame, dit Huon, quelle partie voulez-vous jouer ? Jouez-vous aux échecs avec les coups ou avec les dés ?
— Jouons-le avec les coups, dit la dame d’une voix claire.

Huon de Bordeaux

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Sept dés à jouer découvert au château de Mayenne, Xe – XIIe siècles.

À leur arrivée en Occident, deux manières de jouer aux échecs sont pratiquées. Déjà utilisés dans le jeu indien, les dés furent supprimés par les Perses, mais leur usage n’a toutefois pas totalement disparu et les Arabes pouvaient parfois jouer leur partie au hasard. À leur apparition en Europe, les échecs utilisent les dés pour définir le déplacement des pièces et ce nouveau jeu est immédiatement condamné par l’Église comme jeu de hasard. Pour s’affranchir de cette indignité, les nobles abandonnent rapidement les dés, privilégiant réflexion et stratégie. Mais, quand les échecs se démocratisent, quittant les maisons nobles pour les tripots, les joueurs intéressent les parties par de fortes sommes d’argent. « Les dés donnent au jeu une saveur spéciale propice à intéresser la partie. Un mauvais tirage aux dés et le roi doit bouger. Si les cases autour de lui sont contrôlées par les pièces de l’adversaire, il suffit d’un bon tirage au coup suivant pour que le roi tombe immédiatement. On peut imaginer l’angoisse des joueurs regardant les dés tournoyer. De bons joueurs voient leur belle position s’effondrer sur un coup de dé malheureux. Inversement, de piètres joueurs gagnent partie et argent au seul bénéfice d’un hasard favorable¹ ». Deux bonnes raisons pour que l’église lance sa condamnation, d’autant plus que le joueur médiéval peut être mauvais perdants et quelque peu tricheur et souvent des rixes éclatent, se terminant dans un bain de sang.

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Renaut de Montauban. Bruges, vers 1462-1470.  Renaut occit Berthoulet, le neveu de Charlemagne.

Si l’argent donnait au jeu une saveur spéciale, il le fit cependant stagner pendant près de trois siècles, le hasard remplaçant la stratégie, les joueurs utilisant de louches combines dans les ouvertures pour gagner rapidement, sans se soucier de la beauté du coup.

L’Église doit cependant s’incliner devant la popularité croissante du jeu.  Il faudra pourtant attendre le XIIe siècle pour que l’anathème soit levé sur un jeu moralisé « sans dés, pour le seul amusement et sans espoir de gain ».

¹ Le Jeu d’Échecs, Bnf.

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