Alekhine était-il un nazi ?

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En novembre 1945, le magazine Chess dénonce Alekhine : « Ses articles diffamatoires m’ont rempli de tristesse. Ils ont été écrits par un collaborateur misérable, par un minable profiteur, ils respirent le mensonge et la fraude, la haine raciale… » Le même magazine publie une lettre de Ossip Bernstein, qui n’était pas sans colporter certains ragots :  « Je m’abstiens de donner plus de détails dégoûtants au sujet de son comportement. On pourrait peut-être ajouter qu’il a sans doute adopté le salut nazi Heil Hitler, le bras tendu ».

Alekhine désavoue ces articles tout de suite après la libération de Paris. Ces deux articles écrits, avant que les Allemands lui accordent son visa, n’étaient que des publications scientifiques, réécrites et publiées par les nazis dans une optique raciste. Après que son invitation au Tournoi de Londres de 1946 lui fut retirée en raison de son comportement pendant la guerre, Alekhine écrivit une longue lettre ouverte à l’organisateur, W. Hatton-Ward, qui fut largement publiée à l’époque. En ce qui concerne les articles, il a déclaré : « Parmi les tas de monstruosités publiées par le Pariser Zeitung, les insultes contre les membres du Comité qui avait organisé le match de 1937 et contre la Fédération d’échecs néerlandais, j’avais protesté par écrit. À cette époque, j’étais absolument impuissant à faire la seule chose qui aurait clarifié la situation, de déclarer que ces articles n’avaient pas été écrits par moi… Pendant trois ans, jusqu’à la libération de Paris, je devais garder le silence. Mais à partir de la première occasion, j’ai essayé de montrer dans des entretiens les faits sous leur vrai jour. Parmi les articles parus en 1941, pendant mon séjour au Portugal, rien n’a été réellement écrit par moi. J’avais présenté des documents traitant de la nécessaire reconstruction de la FIDE et une critique, écrite bien avant 1938, des théories de Lasker et Steinitz. J’ai été surpris quand j’ai reçu des lettres de MM Helms et Sturgis, réagissant à ces articles — purement technique — et ce qu’ils avaient provoqué en Amérique et j’ai répondu à M. Helms en conséquence. Ce n’est que lorsque j’ai su ce que ces élucubrations incomparablement stupides véhiculant des idées nazies que je me suis rendu compte de quoi il s’agissait. Mais j’étais alors un prisonnier des nazis et mon seul espoir de sauvegarde a été de garder le silence. Ces années ont ruiné ma santé et mes nerfs et je suis même surpris de pouvoir encore jouer aux échecs ».

Alekhine a écrit un déni supplémentaire dans son dernier livre, posthume Legado ! : « Une fois de plus je tiens à répéter ce que j’ai publié à plusieurs reprises : c’est que ces articles stupides et faux, imprimés signés de mon nom dans un journal parisien en 1941, sont une falsification. Ce n’est pas la première fois que des journaux peu scrupuleux ont abusé de mon nom dans le but de publier des inepties de ce genre, mais dans le cas présent, ce qui a été publié dans le Pariser Zeitung est ce qui m’a fait le plus de torts, non seulement en raison de leur contenu, mais aussi précisément parce qu’il m’était impossible d’y remédier… Mes collègues connaissent mes sentiments et ils savent parfaitement combien est grande l’estime dans laquelle je tiens leur art et que j’ai une trop haute conception des Échecs pour m’être compromis dans ces journaux ». Les dénégations d’Alekhine étaient tout de même un peu embrouillées !

Sa mort dans un hôte d’Estoril au Portugal reste encore entourée de mystère :

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Photographie de la police montrant Alekhine mort dans sa chambre d’hôtel.

Cette photographie de la police montre Alekhine mort dans sa chambre d’hôtel, il n’avait apparemment pas touché à son repas. Selon la police, son décès fut causé par étouffement (fausse route alimentaire) ou par une crise cardiaque. Il semblerait que ces photos soient quelque peu mises en scène. Par exemple, l’échiquier fut rajouté.  Le Dr Antonio Ferreira, par contre, raconta à des amis que le corps fut découvert devant l’hôtel, on lui avait tiré dessus. Le gouvernement a fait pression pour le faire signer un faux certificat de décès :

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Dans ce certificat, la cause de la mort est asphyxie due à un morceau de viande logé dans le larynx. Pas de suspicion d’homicide ou de suicide. Il avait, par ailleurs, une cirrhose carabinée… Certains accusent un « escadron de la mort » composé de résistants français, chargé de liquider les collaborateurs après la guerre, une liste de pas moins de 200 000 noms ! Une mort hors du commun pour un personnage hors du commun.

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