Les Échecs thérapeutiques

Échecs thérapeutiques

Les Échecs et son aura de mystère ont de tout temps stimulé l’imaginaire. La croyance populaire a souvent professé que le roi des jeux rendait fou. Elle affirme tout autant, dans un juste et quasi-homéopathique retour, qu’il faut guérir le mal par le mal et le jeu d’Échecs fut employé très tôt dans le traitement des affections psychiatriques : dès le Xe siècle, Rhazès, le maître d’Avicenne, préconisait son utilisation dans la folie et Robert Burton dans son Anatomy of Melancholy, publié en 1621, évoquait déjà cette dualité, à la fois cause du mal et remède : « La pratique des Échecs est un bon exercice intellectuel pour l’esprit de certains hommes et il convient à ces sujets mélancoliques, qui sont oisifs et entretiennent des pensées inopportunes, ou bien sont affligés de soucis ; il n’est de meilleur remède pour distraire leur esprit et changer le cours de leur méditation ; inventé, dit-on par le général d’une armée en proie à la famine, pour éviter la mutinerie de ses hommes. Mais s’il est cause de trop d’attention, en pareil cas, il peut faire plus de mal que de bien ; c’est un jeu trop fatigant pour le cerveau de certains, la cause de trop d’anxiété, et finalement un mauvais remède ; de plus, c’est un jeu susceptible de provoquer la colère et fort difficile à supporter par celui qui se retrouve mat. En Moscovie, où durant tout l’hiver les habitants vivent près des fourneaux, en des pièces bien chauffées, sortent peu et pas bien loin, c’est un jeu fort nécessaire et pour toutes ces raisons, d’un usage très répandu ». À cette époque, l’on imaginait que les causes de la mélancolie (notre dépression actuelle) étaient l’ennui et le désœuvrement et l’église dans ces pays nordiques encourageait la pratique prophylactique des Échecs.