Esprit de Contradiction

contradiction-steinitzAux Échecs, l’esprit de contradiction est souvent fécond. C’est en contestant les idées reçues que Steinitz a fait faire tant de progrès à la théorie échiquéenne. Il fut le premier à imaginer que l’on puisse jouer d’une manière négative, c’est-à-dire de contrecarrer les intentions de l’adversaire avant même de songer soi-même à attaquer. Si cela peut sembler banal aujourd’hui, c’était inconcevable à l’époque. Mais pour cette boule de nerfs aux insomnies fréquentes, la vie n’était pas toujours facile. Steinitz était parfaitement conscient de sa fragilité émotionnelle et quelques crises l’incitèrent même à se faire soigner. Il suivit des traitements hydrothérapiques, à base de bains froids.

L’agacement de ses contemporains était amplifié par son orgueil démesuré. On raconte que dans sa jeunesse, au club de Vienne, il jouait un jour contre un puissant banquier de la ville nommé Epstein. Une dispute s’engagea à propos d’un coup. Epstein lui dit alors :

Comment osez-vous me parler ainsi ? Ne savez-vous pas qui je suis ? Sur quoi Steinitz répliqua :
Oui, vous êtes Epstein le financier. Mais ici, c’est moi qui suis Epstein !

Enfin, pour rester dans les anecdotes, les Cahiers de l’Échiquier Français de 1925 relatent la suivante à propos des éventuelles tricheries possibles aux échecs. Steinitz était opposé à un amateur pour jouer quelques parties légères. Pendant le jeu se produisait un phénomène bizarre son adversaire tendait le bras pour jouer une pièce, en l’occurrence un mauvais coup. Mais au dernier moment, comme arrêté par un signe des dieux, sa main était freinée, sa décision changée, et il effectuait un coup bien meilleur. Comme la scène se répétait plusieurs fois, Steinitz flaira la machination, et il observa autour de la table. Un spectateur, assis bien sagement à côté de son adversaire, suivait attentivement la partie. Quand ce fut le tour de l’amateur de jouer, Steinitz regarda discrètement et s’aperçut qu’avant qu’il n’ait eu le temps de jouer son mauvais coup, son collègue approchait son pied et administrait une légère pression sur celui de l’amateur. Steinitz, qui possédait quand même un certain humour, comprit la réaction à adopter. À lui de jouer maintenant. Il fit volontairement la grosse bourde, plaçant carrément sa dame en prise. Surpris, mais content de pouvoir enfin gagner une partie, l’amateur avança sa main. Mais, sous la table, le pied de Steinitz faisait son travail. On peut imaginer le regard interrogateur que l’amateur a dû envoyer à son ami, et la gêne de celui-ci. Extraits tirés du livre La fabuleuse histoire des champions d’Échecs de Nicolas Giffard.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *