L’esprit de Bobby Fischer

Il n’y a probablement aucun autre sujet qui intrigue autant les joueurs d’Échecs que le mécanisme de l’esprit de Bobby Fischer. Parmi les champions du monde du passé et malgré les tentatives de la presse généraliste de les présenter comme des êtres bizarres, égoïstes, renégats monomaniaques, vivants en dehors de la société, il y a toujours eu une forte relation entre leurs talents démontrables dans d’autres domaines intellectuels et leur compétence suprême aux Échecs. Lasker était un mathématicien doué, philosophe et ami d’Albert Einstein. Alexander Alekhine s’arrêta au milieu de sa quête du Championnat du monde pour préparer un diplôme en droit à la Sorbonne et était un écrivain prolifique en plusieurs langues. Mikhaïl Botvinnik fut ingénieur et pionnier dans le domaine des logiciels d’Échecs. Capablanca était diplomate, certes honoraire, mais néanmoins efficace. Euwe était professeur de mathématiques et président de la FIDE.

À première vue, cependant, il semble que Bobby Fischer, en rupture avec les modèles du passé, eut peu d’autres compétences que sa capacité à jouer aux Échecs. Paradoxe ? Comment pouvait-il jouer avec un tel brio ? Son intelligence était-elle vraiment aussi élevée ? Sa mémoire était sans doute phénoménale, pour preuve cette anecdote :

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Harry Benson – A Horse Kissing Bobby Fischer, Iceland, 1972*

Avant de jouer le match avec Spassky à Reykjavik, en 1972, Fischer visite l’Islande pendant quelques jours pour s’imprégner de la terre islandaise. Un matin, il téléphone à son vieil ami, le grand-maître Frédéric Olaffson. Olaffson et sa femme sont absents et une petite fille répond au téléphone. Fischer demande :

M. Olaffson, s’il vous plaît. La fille d’Olaffson explique, en islandais, que ses parents sont hors de la maison et qu’ils reviendront en début de soirée pour le dîner. Fischer ne comprend pas un traître mot et raccroche en s’excusant. Plus tard ce jour-là, discutant avec un autre joueur islandais, Fischer raconte sa déconvenue du matin :

Cela ressemblait à une petite fille au téléphone, a-t-il dit. Il répète ensuite chaque mot islandais tel qu’il les avait entendus au téléphone, en imitant les sons avec une inflexion parfaite, si bien que l’Islandais put lui traduire le message mot pour mot.

* « Boby et moi, raconte le photographe Harry Benson, marchions dans les champs de lave à 3 heures du matin, sous le soleil de minuit. Il n’y avait qu’une heure d’obscurité chaque nuit. Une nuit, plusieurs chevaux vinrent vers nous. Bobby était un peu inquiet jusqu’à ce qu’un cheval blanc s’approche de lui et frotte sa joue contre la sienne :
— Il m’aime, Harry, il m’aime vraiment ! dit Bobby surpris. »

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