Paul Morphy vs Mephistopheles

Paul Morphy
Die Schachspieler (1831) de Friedrich Moritz Retzsch (1779 – 1857)

Peut-être connaissez-vous ce tableau Die Schachspieler de Friedrich Moritz Retzsch, peintre et dessinateur allemand, illustrant le thème familier d’une partie d’Échecs avec le Diable. Il fut le point de départ d’une anecdote concernant le génial Paul Morphy. Paul se trouvait à Richmond, en tant qu’officier d’état-major du général Beauregard en 1861 en pleine guerre de Sécession. Le conflit emplissait les esprits, mais il faut sans doute plus qu’une guerre pour chasser les Échecs de la pensée d’un joueur et l’arrivée de Morphy fit sensation dans la ville. Un dîner est organisé en son honneur.

L’attention de Paul est attirée par une reproduction du tableau qui trône en bonne place dans le salon de son hôte. Il représente un jeune homme jouant son âme dans une partie contre le Diable. Les pièces de Méphisto représentent les vices, les pièces blanches, bien évidemment, les vertus. Hélas ! il n’en reste plus guère au malheureux jeune homme et le Diable jubile, se régalant, par avance de l’âme du pauvre garçon désespéré. À la fin du souper, Morphy s’approche du tableau, l’étudie intensément, puis se tournant vers son hôte dit modestement :

Je crois que je peux prendre le côté blanc et gagner !
Mais c’est impossible ! lui fut-il rétorqué. Même vous, M. Morphy, vous ne pouvez sauver la partie.
Si, je crois que je le peux, répond-il tranquillement. Apportez un échiquier et essayons !

Un échiquier est apporté, les pièces placées, la société s’agglutine autour, profondément intéressée par le résultat. À la surprise de tous, la victoire est arrachée au diable et le jeune homme sauvé ! Pensant qu’une erreur a été commise, chaque gentleman présent s’essaie à la position diabolique, mais Paul Morphy trouve pour chacun d’eux le coup gagnant. La position pourrait être reconstituée ainsi :

Paul Morphy

Un clic pour la solution :

Preuve, s’il en fallait, qu’il n’est pas simple de lutter contre le Diable et que, même Morphy, y perdit son âme. C’est d’autant plus vrai, qu’à cette époque, à son retour d’Europe, la sienne battait la campagne pendant que le génie déambulait sous sa véranda en déclamant : « il plantera la bannière de Castille sur les murs de Madrid au cri de ville gagnée, et le petit Roi s’en ira tout penaud ». Voir à ce sujet Échecs et Folie.

« Voilà une jolie anecdote, écrit A. Galbreath, et je ne voudrais pas enlever la moindre feuille à la couronne de gloire de Morphy, mais la vérité historique doit être préservée. Morphy ne fut jamais un officier du Général Beauregard, ni d’ailleurs incorporé dans l’armée confédérée. Dans cette période mentionnée, Morphy commençait à souffrir de cette maladie qui finalement allait le détruire et l’une de ses remarquables particularités était son aversion pour les Échecs. Il ne pouvait pas supporter d’y jouer ou d’en parler, à l’exception de quelques personnes intimes ».

Une nouvelle fois, une anecdote enjolivée par le temps et relevant plus de la légende que de la vérité historique.

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