Combativité et Mauvaise humeur

Fischer-Najdorf-Leipzig-1960
Najdorf et Fischer au Olympiades de Leipzig en 1960.

Nous sommes aux Olympiades de Leipzig en 1960. Le match entre les États-Unis et l’URSS était prometteur et se maintint égal jusqu’aux dernières rondes. À la huitième ronde, l’Argentine croise le fer avec les États-Unis. Le match est d’une grande importance pour la suite des Olympiades. Au premier échiquier s’affrontent Bobby Fischer et Miguel Najdorf et ils arrivent à la position suivante, favorable aux Blancs menés par Fischer :

Cette position survient au moment d’ajourner la partie et Fischer s’étonne voyant que son adversaire n’abandonne pas et met un nouveau coup sous enveloppe. Najdorf pensait être perdu, mais durant toute sa carrière, il fut toujours très combatif et prit au pied de la lettre cette maxime de Tartakower : « Personne ne gagne en abandonnant ». L’équipe argentine analyse en profondeur la finale et démontre à Najdorf qu’il n’a plus aucune possibilité. Cependant, Najdorf ne le voyait pas si clairement et une bonne partie de la nuit, il analyse la position sans rencontrer une ligne gagnante pour les Blancs sans que les Noirs trouvent de leur côté une réponse salvatrice.

Le jour suivant, Najdorf entre dans la salle du tournoi et entend Fisher commenter à Bisguier : « C’est gagnant ! » Mais tout le monde n’est pas d’accord, Botvinnik s’approche de Najdorf et lui glisse à l’oreille : « J’ai analysé ta partie et gagner cette position n’est pas si facile ». Fischer et Najdorf s’installent devant l’échiquier et commencent à jouer. Au fil des coups, le joueur américain s’aperçoit que la victoire est impossible à obtenir. Après diverses escarmouches, ils arrivent à la position suivante :

Après Rg4+, les Noirs ont une position d’échecs perpétuels. Fischer le sait bien et rageur, de la main, fait voler toutes les pièces, se lève et s’en va sans offrir le nul, ni signer la feuille de partie. Selon les règles de la FIDE, ce comportement signifie que Fischer a perdu, si du moins, Najdorf le réclame. Don Miguel consulte le reste de son équipe et prend la décision de ne pas demander le gain et signe la partie comme nulle. Joli geste de noblesse sportive ! Beau geste que Bobby, calmé, remercia le lendemain.

Les choses ne se passèrent pas ainsi, s’insurgera Fischer à Buenos Aires en 1996. À la fin de la partir, les deux adversaires sans signer les feuilles de parties, commencèrent à analyser.
Je tenais le gain, commença à dire Najdorf.
« Voyant que c’étaient des idioties, explique Bobby, j’ai rassemblé les pièces en un tas au centre de l’échiquier et je partis ». Le reste fut invention de Don Miguel, conteur facétieux qui avec les années enjoliva son récit. Qui croire ? Peu importe, car ses anecdotes, vraies ou embellies, font partie de notre patrimoine.