Paolo Boï et le Diable

Dans le Val de Noto, vivait un homme brave, sévère et pieux, seigneur de la noble famille de Boi di Noto. Brave, il l’était, car combattant dans les guerres du temps, il y perdit son bras et se retira en son château auprès du ruisseau de Ciane, où il éleva son fils unique, Paolo, dans la crainte du Seigneur.

Paolo_BoiUne Bohémienne prédit au garçonnet qu’il lutterait et déferait des Rois, mettant à mal, le Diable lui-même. Cette prédication ébranla le père, qui éleva alors Paolo dans la conviction qu’il allait devenir saint ou pape. L’enfant avait, lui, d’autres envies. D’un tempérament fort et vif, d’une mémoire excellente, à l’imagination foisonnante, il n’eut jamais le calme et l’onctuosité d’un futur prélat et ses pensées s’en allaient bien au-delà du livre sacré, partant à la conquête imaginaire de contrées lointaines, rêvant des Pyramides et des sources du Nil. « Si ce garçon pouvait rester assis », songeait le père. Il pense alors trouver dans les Échecs, à la mode en Sicile en ces temps-là, une activité qui stabilisera son bouillonnant rejeton.

Rapidement, Paolo ne trouve plus d’adversaires à sa mesure dans sa Sicile natale et se tourne vers le reste de l’Europe et visitant même les contrées lointaines, jouant à l’aveugle à dos de cheval avec quelques pachas orientaux. Il fut l’un des tout premiers à jouer à l’aveugle contre trois joueurs à la fois. Jeune homme, il devint l’ami du pape Pie V et de beaucoup de nobles italiens, dont le duc d’Urbino qui lui payait une rente annuelle de 300 scudi. Selon Pietro Carrera, Boï était d’une force égale à Giovanni Leonardo da Cutri. Affrontant conformément à la prédication, rois et reines : en France, Catherine de Médicis qui le combla de faveurs, le Roi Don Sébastian au Portugal, Boï eut aussi la possibilité de jouer aux échecs à la cour du roi d’Espagne Philippe II. En 1575, il battit les joueurs espagnols Ceron et Ruy Lopez lors d’un tournoi disputé à Madrid.

Studnicki
Juliusz Studnicki –   Évêque jouant aux Échecs évêque avec le diable.

La légende veut que dans la seconde moitié du XIVe siècle, Paolo Boi rencontra aux portes d’une église en Calabre une très belle jeune fille d’une beauté resplendissante et aux yeux pénétrants, brillant d’une flamme vive. Séduit, il lie conversation avec la magnifique damoiselle et tombe sous son charme. Son étonnement est grand quand il apprend que la jeune femme est passionnée d’Échecs. Une partie s’engage, la jouvencelle est d’une force peu commune, trouvant des coups extraordinaires. La lutte est acharnée, mais Paolo entrevoit la victoire et affirme, conquérant, le mat en deux coups :

Mat en deux coups

Un clic pour la solution :

Mais à cet instant, stupéfait, il voit sa dame blanche devenir la dame noire et la belle jeune femme au regard de feu lui souriant ironiquement :

Paolo, tu ne peux me vaincre. Vois ! J’ai une Dame et tu n’en as pas !
Sainte-Mère de Dieu ! se signe le pauvre Paolo effrayé, priant Dieu de toute son âme, car il sait, maintenant, que le Diable se tient devant lui.

Mais Dieu est sans doute à ses côtés, car Paolo prend conscience que malgré la transformation diabolique, la victoire est encore possible. La trouverez-vous ?

Mat en deux coups

Un clic pour la solution :

Le Diable, sous les traits de jeune fille, déconfit, quitte la table et disparaît. Les problèmes jumeaux sont de Victor Barthe.

Le thème de la mort ou du diable jouant aux Échecs est récurant au cours des siècles :

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