À superstitieux, superstitieux et demi

« Je crois que nous avons tous nos superstitions, admit Kasparov dans une entrevue, je pense que tout dépend de la force de nos croyances. Certaines personnes sont complètement dominées par elles. Pour d’autres, ce ne sont que de simples rituels qui occupent peu leur esprit. Dans mon cas, j’ai une prédilection pour le chiffre 13 : je suis né un 13 avril, je fus le treizième champion du monde et mon nom se compose de 13 lettres. Ainsi, naturellement, je cherche toute chose en relation avec le chiffre treize pour me sentir à l’aise. À la fin de la journée, je sais bien que cela est seulement une superstition et que tout cela ne marche pas, mais cela ne m’empêche pas si je découvre un treize autour de moi de me sentir heureux ».

shutterstock_67494190Kasparov au cours de ses nombreux voyages, pendant un temps, demandait dans les hôtels où il descendait, une chambre se terminant par le chiffre 13. Souhait souvent difficile à exhausser, car la plupart des établissements sautent le treize dans leur numérotation pour la raison inverse que personne n’en veut. Curieusement, cette recherche quelque peu obsessionnelle du chiffre treize, Garry la partage avec le vieux Korchnoi dont le caractère compulsif s’accentua avec l’âge. Les deux ont aussi une autre chose étrange en commun : tous deux considèrent Karpov comme la parfaite image de la superstition. C’est vrai, aussi qu’Anatoly fut leur bête noire (leur chat noir en l’occurrence).

Ce dernier est bien connu pour ne pas changer de vêtement quand, dans un tournoi, le vent tourne en sa faveur. « Karpov est l’individu le plus superstitieux que j’ai pu connaître au cours de ma vie. Pas facile pour lui de changer de chemise, costume ou cravate. Gagner d’abord, l’hygiène ensuite ! », raconte Korchnoi, quelque peu dédaigneux, dans son livre Anti-chess. Kasparov, évoquant son match de 1984, quand Anatoly était sur le point de le vaincre, fait le même constat : « Le coup de grâce allait être donné à la 31e partie, ou du moins c’était son plan, et Karpov, pour l’occasion, avait changé de costume. Dans un sens, cela m’était agréable, parce qu’il était grand temps d’en changer, il avait porté les mêmes vêtements tout le temps ! »

Jan Timman fait également référence à cette coutume dans un article* publié il y a quelques années sur le même sujet et il y apporte quelques précisions : « Franchement, je suis enclin à dire que Karpov est un homme très pratique. Quand il se rend compte que son rival est particulièrement irrité par quelque chose, il va en profiter, ainsi cette habitude de ne pas changer de costume aussi longtemps qu’il gagne, une superstition pragmatique, qui est aussi le désir pour un joueur de sentir de bonnes vibrations et un état d’esprit agréable. Karpov aime porter une cravate rouge lorsqu’il joue contre d’autres joueurs russes, il aime continuer à utiliser la même plume quand avec, il a gagné l’une de ses plus belles parties… Et dès qu’il perd un match noté avec ce stylo, il le laisse de côté avec colère ».

New in Chess1994, nº4, page 34.

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