Mémoire

Mémoire
Alexandre Alekhine (coll. Korliakof).

En 1919, Alexandre Alekhine travaillait dans un studio de cinéma en URSS. Un homme entre dans le hall et demande à voir quelqu’un du département de l’éducation.

Je suis à l’écoute, M. Poluektov, déclare Alekhine.
Nous nous connaissons ? s’étonne le visiteur.
Il y a quatre mois, sourit Alekhine, dans la pharmacie Ferrein, vous avez commandé des médicaments prescrits par le Dr Anna Zasedatelev pour votre fille de 6 ans qui avait un mal de gorge. J’étais dans la file d’attente et j’ai entendu votre conversation avec le pharmacien.
Poluektov resta là, bouche bée.
Vous aviez alors un pince-nez, poursuivit Alekhine. Vous avez sorti un porte-monnaie gris en peau de crocodile de la poche gauche de votre veste et puis…
Mais Alekhine ne finit jamais sa phrase. Le visiteur effrayé s’enfuit et ne revint jamais.

Un an plus tard, Alekhine utilisa sa mémoire phénoménale dans une autre institution, il travaillait alors au département d’enquête criminelle centrale. Alekhine surprit une conversation entre un homme arrêté et l’officier de service. Le suspect s’identifie comme Ivan Tikhonovich Bodrov.
Pouvez-vous, s’il vous plaît, répéter votre nom de famille ? interrompit Alekhine.
Bodrov. Et alors ?
Vous n’êtes pas Bodrov, vous êtes Orlov, affirme Alekhine. Et votre prénom est Ivan Timofeevich et non Ivan Tikhonovich. N’essaye pas de me bluffer, mon gars ! Ne me prends pas pour un idiot ! Il y a quelques années, quand je t’ai rencontré dans un bureau d’enregistrement de l’armée, tu t’es présenté comme Ivan Orlov Timofeevich. Tu portais un crucifix doré sur une chaîne en métal blanc et fin autour du cou, et un petit pendentif en forme de taupe sous le crucifix.
Le condamné est rigide, lorsque l’officier de service déboutonne sa chemise. Tout le monde peut voir la taupe et le crucifix. Plus tard l’enquête confirma que cet homme était bel et bien Orlov, un récidiviste qui fut incarcéré.