Nabokov – Lolita

Nabokov LolitaLolita, scandale dès sa sortie en 1955, chef-d’œuvre de Vladimir Nabokov, reste l’un des romans les plus critiqués du XXe siècle. « Contrairement à la plupart des livres controversés, écrit Charles McGrath dans le New York Times, la lame de Lolita ne semble pas s’être émoussée avec le temps. Là où Ulysse ou L’Amant de Lady Chatterley, par exemple, ont désormais un air familier, inoffensif, voire même charmant, le chef-d’œuvre de Nabokov est encore plus dérangeant qu’il ne l’était jadis ». N’oublions pas que l’histoire qui nous est contée est celle d’un homme qu’on désignerait aujourd’hui comme un pédophile. Il s’appelle Humbert Humbert et à presque 40 ans, il devient l’amant de Lolita, jeune américaine de 12 ans à peine. Nous lisons en fait sa confession, écrite depuis sa cellule de prison dans laquelle il attend son procès pour meurtre. Il a en effet tué celui pour lequel Lolita l’a quitté.

Vladimir Nabokov, écrivain passionné d’Échecs et problémiste, introduit notre jeu dans nombreuses de ses œuvres. En voici des passages tirés de Lolita :

« Je résolus peu après, pour ma propre sauvegarde, de me marier. Il me parut qu’une vie régulière, des repas mitonnés à la maison, les mille et une conventions du mariage, le train train prophylactique des devoirs de l’alcôve, et peut-être même – pourquoi pas ? – l’épanouissement de certaines valeurs morales, de certains succédanés spirituels, sauraient m’aider, sinon à me libérer de mes rêves dégradants et périlleux, du moins à leur imposer une docilité pacifique. […] Après de longues réflexions, je fixai mon choix sur la fille d’un brave médecin polonais qui me soignait à l’époque pour des accès de vertige et de tachycardie. Je jouais aux Échecs avec lui pendant que sa fille me guignait de derrière son chevalet et me dérobait pupilles ou phalanges pour les interpoler dans les nigauderies cubistes que les jeunes filles accomplies aimaient à peindre alors plutôt que des agnelets ou des lilas. […]

Nous jouions aux Échecs deux ou trois fois par semaine et, pour des raisons évidentes, je m’arrangeais pour que ce fût chez nous plutôt que chez lui. Assis tel un vieux poussah disloqué, ses mains dodues sur les genoux, il contemplait fixement l’échiquier comme si c’eût été un cadavre à l’autopsie. Il méditait une dizaine de minutes en soufflant par les naseaux – et il commettait un impair grotesque. Ou bien le brave homme, après avoir réfléchi plus longtemps encore, lançait : « Au roi ! » – une sorte de jappement sourd de vieux chien, mourant en un gargouillement rauque qui faisait trembloter ses bajoues ; et il levait soudain ses sourcils circonflexes avec un profond soupir quand je lui faisais remarquer qu’il était lui-même en échec. […]

Il est probable que je sois particulièrement sensible à la magie des jeux. Au cours de mes séances d’Échecs avec Gaston, l’échiquier m’apparaissait comme un bassin d’eau limpide, avec des coquillages et des stratagèmes rarissimes se détachant en rose sur la tesselle polie du fond carré, tandis que mon partenaire égaré n’y voyait que limon et encre de seiche ».

Vladimir Nabokov, Lolita

Réformistes

Réformistes
Liste de grands maîtres de la main d’Alekhine.
La particularité de cette liste estqu’aucun de ces joueurs ne gagna contre Alekhine.

Les réformistes prétendent que les progrès de la théorie conduiront à la disparition des Échecs, et qu’il faut, pour leur rendre vie, en remanier les règles. En réalité, qu’exprime cette affirmation ? Le mépris de l’intuition, de l’imagination et de tous les autres éléments qui font des Échecs un art.

Alexandre Alekhine