Le jeu d’Échecs

Charles Bargue
Le jeu d’Échecs, par Charles Bargue (1826 – 1883).

Peintre et lithographe français. Ses cours, composées de 197 lithographies imprimées sur des feuilles individuelles, servaient à guider les étudiants en art dans l’étude et la découverte des grands maîtres pour se préparer à la peinture et au dessin. Parmi les artistes qui ont utilisé ses cours, Vincent Van Gogh, qui en a copié l’intégralité  entre 1880 et 1881, et à nouveau en 1890.

Passion

anand

Pour moi, les Échecs ne sont pas une profession. C’est un mode de vie, une passion. Le monde peut penser que j’ai conquis les sommets et ne plus avoir à me battre. Financièrement, c’est peut-être vrai, mais pour les Échecs, j’ai encore beaucoup de choses à apprendre !

Viswanathan Anand

Obstination

Chigorin Tarrasch
Mikhail Chigorin et Siegbert Tarrasch

Pendant le tournoi international de Vienne en 1898, Mikhail Tchigorin affronte le Dr. Siegbert Tarrasch. Au 37e coup, entrant dans une finale de B de couleurs opposées, Tchigorin propose la nulle à son adversaire.

Siegbert Tarraschchigotara2Mikhail Chigorin

Entêté, comme souvent nous pouvons l’être devant l’échiquier, incapable d’accepter le nul ou pire la défaite, Tarrasch refuse la proposition. Tchigorin prend alors son B et le sort de l’échiquier disant :
Eh bien ! Essayez donc de gagner !
Et c’est seulement à ce moment que le pourtant génial Tarrash prit conscience de la justesse de la proposition et l’accepta immédiatement. Le passage du K noir dans le camp ennemi est interdit par les deux pions sentinelles en c4 et f4. La présence ou non du B blanc ne change rien.

Voici la partie :

Résultats

RésultatsEn 1966, eurent lieu à La Havane les Olympiades et les joueurs et leurs délégations reçurent un bon accueil du gouvernement de Fidèle Castro. L’équipe soviétique fut invitée un soir à la représentation du cabaret Tropicana. La soirée se déroula tranquillement jusqu’au moment où Tal repéra une jolie dame et commença à la lutiner. Malheureusement pour Mihail, le compagnon de la beauté cubaine, latin jaloux au sang chaud, lui fracasse une bouteille sur le crâne sans un mot ni autre forme de procès. On dut emmener d’urgence le pauvre Tal à l’hôpital, où sa profonde blessure fut suturée. Le jour suivant, à la une du journal Destino, on pouvait lire : « Onze points sans jouer une seule partie ! » Les résultats de Mihail à cette Olympiade resteront mémorables : 20 points en 13 parties, dont 11 de sutures.

Goulag

Goulag1972, un goulag au fin fond de la Sibérie. Les prisonniers ont bricolé un poste radio à galène pour suivre le match de Reykjavik. Mais alors que tous suivent la retransmission de la 11e partie, les gardiens font irruption et détruisent le récepteur. Un mois se passe, et ils restent sans nouvelles de l’issue du match. Mais un nouveau prisonnier arrive. Tous l’entourent :
Tu viens de l’extérieur, tu dois savoir. Le match Fischer-Spassky, les échecs, tout ça, tu sais quelque chose ?
Oui oui, je suis au courant…
Et alors ? Et alors ? Comment ça s’est-il terminé ?
J’ai perdu…

Océan échiquéen

Comme les marins qui ont mille raisons différentes d’aller en mer,
les joueurs d’Échecs en ont tout autant avant de s’installer devant une table et jouer…

Vincent Bertignac

Variation sur la célèbre phrase de Pierre Mac Orlan : « Il y a plus d’aventures sur un échiquier que sur toutes les mers du monde ».

Steinitz, fan de Wagner

steinitz-Wagner

Un jour, au club d’Échecs de Vienne, Wilhelm Steinitz joue quelques parties avec un inconnu. Quand tard dans la nuit, ce dernier prend congé disant qu’il devait se rendre le lendemain matin à Bayreuth, faisant partie, comme violoncelliste, de l’orchestre du festival, Steinitz s’écrie : « Alors, vous verrez Richard Wagner ! Dites au maître que moi, en tant que champion du monde, je le porte en plus haute estime que Mozart et Beethoven – et même que je considère sa musique comme le sommet de l’art ! »
Comme le hasard fait souvent bien les choses, quelques semaines plus tard, les deux hommes se sont à nouveau rencontrés au club.
Avez-vous transmis mes paroles à Wagner ? » s’est immédiatement enquis Steinitz. Le violoncelliste répond alors en faisant un signe de tête :
Oui, et le maître m’a répondu : Votre Steinitz comprend probablement autant de la musique que des Échecs !

Mais Wilhelm avait pour le moins l’esprit de contradiction. L. Bachmann, dans son livre sur Steinitz, rapporte cette petite anecdote « Cet homme extraordinairement sensible était un admirateur inconditionnel de Mozart. Je lui dis alors que je partageais son admiration, mais il se mit soudain à faire l’éloge de Wagner. Nous passâmes plusieurs soirées à débattre sur la musique de Wagner, sa beauté, sa mélodie, et si celle de Mozart pouvait lui être comparée. En dépit de tous mes efforts, Steinitz s’obstinait en insistant sur la beauté de Lohengrin , et en affirmant que la musique de Mozart était nettement inférieure ».

Aux Échecs cependant, l’esprit de contradiction est souvent fructueux. C’est en remettant en cause les idées reçues que Steinitz fit progresser la théorie échiquéenne. Il fut le premier à jouer d’une manière négative, c’est-à-dire à contrecarrer les intentions de l’adversaire avant même de songer à attaquer. Si cela peut sembler banal aujourd’hui, c’était inconcevable et révolutionnaire à l’époque.

Voici le Prelude de l’Act I de Lohengrin par le Bayreuth Festival Orchestra sous la direction de Woldemar Nelsson :