Prokofiev versus Ravel

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Sergei Prokofiev et Maurice Ravel.

Sergei Prokofiev (1891-1953) est surtout connu pour des œuvres telles que Pierre et le loup, la Symphonie classique, des opéras Guerre et Paix, le ballet Roméo et Juliette et pour ses musiques de film. Né et mort en Russie, il fuit son pays après la révolution russe avant de revenir en 1932. Dans cette période comprise entre son retour et sa mort (le même jour, à la même l’heure que Staline), le compositeur rencontra beaucoup de problèmes avec les autorités soviétiques. Elles lui reprochaient particulièrement que sa musique n’exaltât pas suffisamment les vertus du régime stalinien.

À un âge précoce, il apprend le piano de sa mère et les Échecs de son père et ces deux intérêts dominèrent sa vie. Il  compose son premier  opéra à l’âge de neuf ans et entra au Conservatoire de Saint-Pétersbourg à l’âge de treize. Il devient membre d’une forte équipe d’Échecs et son intérêt pour le jeu, à la fois jouer et regarder, dura tout au long de sa vie (il a même nommé ses deux chiens Lasker et Tarrasch). Ses adversaires : le compositeur anglais Frederick Delius, les Français Maurice Ravel et Maurice Delage et le célèbre violoniste russe et chef d’orchestre David Oïstrakh, qui était considéré comme un joueur encore meilleur que Prokofiev. Prokofiev était en bons termes avec les Grands Maîtres importants de son époque, y compris Capablanca, Botvinnik et Tartakover. Il bat Capablanca dans une simultanée, perd contre Emanuel Lasker dans un autre, et a également battu Tartakover dans un match amical que Tartakover a généreusement publié. Son style sur l’échiquier était une prolongation de sa façon d’être et de composer. Imaginatif et créatif, jouant agressivement, attaquant sans relâche, essayant de trouver une composante artistique dans ses parties. Botvinnik a écrit de lui, « Sergei Prokofiev aimait passionnément les Échecs… J’ai joué avec lui à plusieurs reprises. Il avait un jeu vigoureux et direct. Sa méthode habituelle était de lancer une attaque qu’il dirigeait habilement et ingénieusement ». Notre Ravel en fait les frais dans cette partie !

Voici, de Prokoviev, la présentation de l’Oiseau dans Pierre et le loup et, de Ravel, le magnifique Trois beaux oiseaux de paradis, extrait de Trois chansons pour chœur mixte sans accompagnement composées en décembre 1914. « Il a donné lui-même le plus pur de son cœur avec les Trois chansons, disait Léon Leclère de Ravel. Je ne parle pas seulement de la musique, du ravissant arrangement des voix, ni du tour mélodique cette fois vraiment proche du populaire ; je parle des textes eux-mêmes. Ravel adorait la féerie puérile. Cet agenceur madré de croches et d’instruments avait en lui le plus frais des jardins secrets. Ce mathématicien de l’orchestre conservait des ingénuités de grand enfant. Le folklore ressuscite dans les poèmes de Ravel, avec ses familiarités, ses étrangetés, ses rapprochements singuliers. Comment a-t-on pu parler de sécheresse à son sujet ? »

Je n’ai malheureusement rien trouvé sur l’intérêt de Ravel pour les Échecs.