L’Ultime Razzia

Dans son troisième long-métrage, L’Ultime Razzia (The Killing), filmé en noir et blanc, sorti en 1956, Stanley Kubrick explore les codes du film noir, y insufflant sa vision tragique de l’humanité, vision désenchantée de la condition humaine, allant parfois jusqu’à une froide distanciation vis-à-vis de ses personnages.

Ultime Razzia
Kola Kwariani, Stanley Kubrick et  Sterling Hayden pendant le tournage de The Killing.

À peine sorti du pénitencier de haute sécurité d’Alcatraz, Johnny Clay (Sterling Hayden), qui rêve de lendemains meilleurs, est résolu à tenter l’ultime grand coup, s’emparer de la caisse d’un champ de courses un jour de grande affluence. Avec deux millions de dollars à la clé, les complices ne manquent pas. L’opération est un succès. Mais…

« Le titre original, The Killing, annonce la couleur, écrit Guillemette Odicino dans Télérama, ce film de genre, le troisième de Kubrick, ne raconte pas seulement un dernier gros coup, mais comment les protagonistes de ce braquage finiront tous abattus. Par la suite, le thème du fiasco ne cessera de parcourir l’oeuvre du cinéaste. Ici, il est toute l’histoire. Johnny vient de sortir du pénitencier et n’accepte de reperdre sa liberté que pour une bonne raison : le casse du siècle, les 2 millions des caisses de l’hippodrome. Johnny a engagé les complices ad hoc : un flic endetté, un caissier minable qui doit épater sa garce de femme, un gentil barman qui veut faire soigner la sienne, un ex-catcheur philosophe et un tireur d’élite. Chacun sait ce qu’il a à faire. Johnny a juste négligé cette saleté de… facteur humain ».

Kola Kwariani, catcheur et joueur d’Échecs, y tient le rôle de Maurice Oboukhoff, engagé pour déclencher une bagarre, diversion pendant le braquage. Kubrick lui donne l’une des meilleures répliques du film : « Tu sais, je l’ai souvent pensé, le gangster et l’artiste sont semblables dans le regard des gens. Héros, ils sont admirés et adorés, mais reste toujours présent un désir sous-jacent de les voir détruits à l’apogée de leur gloire ».

Pour la petite histoire Kola Kwariani, qui donne la réplique à Sterling Hayden, était un catcheur professionnel d’origine ukrainienne… et joueur d’Échecs. Kubrick et lui fréquentaient le Chess and Checker Club à New York, connu comme The Flea House (la Maison de la Puce). Selon le magazine Chess Review, Kwariani était le seul lutteur professionnel aux États-Unis à la fois joueur d’Échecs. En février 1980, alors qu’il entrait au Chess and Checker Club, Kwariani est grièvement agressé par un groupe d’adolescents. L’incident a été décrit plus tard par le joueur compatriote et éditeur Samuel Sloan : « Nick arrive un soir au moment ou cinq jeunes Noirs s’en vont. Ils se heurtèrent. Des mots sont échangés. Nick n’a jamais été grossier avec quiconque, mais bientôt une risque éclate. Nick pouvait sans doute encore s’en tirer avec un ou deux d’entre eux, mais les cinq, c’était trop. Nick fut battu à mort. Transporté à l’hôpital, il décède peu de temps après à l’âge de 77 ans ». Triste fin pour un catcheur joueur d’Échecs !

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