Kubrick : les Échecs et le cinéma

« Dès sa jeunesse, écrit François Fastrez dans Il était une fois le cinéma, Kubrick joue aux Échecs. Il ne perdra jamais cette passion. Toute sa vie, il considérera les Échecs comme une illustration assez juste de la vie. Pour Kubrick, le jeu est une passion ; il joue avec ses acteurs durant les tournages, interrompt les parties entre deux prises et recommence à jouer. D’après Jack Nicholson, Stanley Kubrick comparait la réalisation d’un film à une partie d’Échecs : il fallait bien disposer ses pièces et préparer soigneusement ses coups. Kubrick considérait que peu de choses devaient être totalement improvisées. Malgré tout il laissait une grande autonomie à ses collaborateurs, les encourageant à chercher le mieux ».

Kubrick
Sur le tournage du Docteur Folamour (1964).

Les Échecs lui apprirent l’art de la discipline, de la patience. Il développa, grâce à eux, une certaine rigueur mathématique et le sens de la stratégie. « Les Échecs, disait-il, vous apprennent à surmonter l’émotion initiale que vous donne un mouvement au premier abord favorable et à prendre le temps de l’analyser. En ce qui concerne le cinéma, les Échecs vous apprennent plutôt à éviter les fautes qu’à avoir des idées. Les idées ont l’air de venir spontanément, mais le vrai problème, c’est d’avoir la discipline de les analyser. Les Échecs exercent aussi la concentration ».

Dans ses films, Kubrick se comporte vis-à-vis du réel comme le joueur d’Échecs face à son adversaire : il ne s’agit pas de s’enfermer dans une tactique préalablement conçue, mais de prendre son adversaire très au sérieux et d’envisager à chaque coup toutes les combinaisons dont il est capable.

À la question de Michel Ciment, critique de cinéma : « Vous êtes un joueur d’Échecs et je me demande si le jeu et sa logique ont des parallèles avec ce que vous dites ? », Kubrick répondit : « Tout d’abord, même les plus grands grands maîtres internationaux, aussi profonde que soit leur analyse d’une position, ne peuvent que rarement voir jusqu’à la fin de la partie. De sorte que leur décision pour chaque mouvement est en partie fondée sur l’intuition. J’étais un très bon joueur, mais bien sûr, pas de cette catégorie. Auparavant, j’avais quelque chose de mieux à faire (que des films), jouer aux Échecs, participant aux tournois des Marshall et Manhattan Chess Clubs de New York, et pour de l’argent dans les parcs et ailleurs. Parmi beaucoup d’autres choses que les Échecs vous enseignent, ils vous apprennent à contrôler l’excitation initiale que vous ressentez quand vous voyez quelque chose qui semble bien, il vous entraîne à réfléchir avant de vous précipiter, ils vous apprennent à penser objectivement quand vous êtes en difficulté. Quand vous réalisez un film, vous devez prendre la plupart de vos décisions dans la précipitation et tirer l’arme à la hanche. Cela demande plus de discipline que vous pourriez imaginer de penser, même pendant trente secondes, dans la confusion, le bruit, l’intense pression d’un plateau de tournage. Mais quelques secondes de réflexion peuvent souvent éviter une grave erreur, alors que vous pensiez faire bien au premier regard. Les Échecs sont utiles pour vous empêcher de commettre de telles erreurs. Les idées viennent spontanément et une discipline est nécessaire pour les évaluer et les mettre à profit. C’est le vrai travail du metteur en scène ».

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