James Bond

James Bond
Daniel Craig dans le dernier James Bond sorti en novembre 2015.

Entre les Échecs et le septième art, c’est une histoire d’amour plus que centenaire, puisque l’on estime à plus de 2000 le nombre de films évoquant le jeu d’Échecs, même si souvent ils ne sont qu’un élément décoratif, sans apporter un sens particulier à l’intrigue. C’est le cas dans le dernier James Bond 007 Spectre de Sam Mendes avec Daniel Craig.

Les Échecs rendent-ils fou ?

Échecs et Folie

pathologie mentale échecs
Le Joueur d’Échecs, gravure sur bois de Elke Rehder.

Des quelques exemple précédemment cités, nous pouvons individualiser quelques points communs. Les pathologies mentales les plus souvent rencontrées semblent la paranoïa et la schizophrénie paranoïde.

La paranoïa est une psychose chronique développée à partir du caractère paranoïaque, caractérisée par un délire systématisé et cohérent à prédominance interprétative (délire de persécution, de grandeur, de jalousie), ne s’accompagnant pas d’affaiblissement intellectuel et évoluant lentement sans aboutir à la démence. Les quatre traits constitutifs en seront :

  • l’hypertrophie du moi : surestimation de soi-même entraînant la mégalomanie, l’orgueil, le mépris des autres, la vanité parfois cachée derrière une fausse modestie superficielle.
  • la psychorigidité : le paranoïaque est incapable de se remettre en cause, de se plier à une discipline collective. Il est autoritaire et a toujours raison. Cette inadaptation sociale le conduit peu à peu à l’isolement.
  • la méfiance et la suspicion : le paranoïaque, susceptible et toujours sur ses gardes, pense que les autres, jaloux de sa supériorité, cherchent à le tromper. Il se sent en permanence entouré de personnes envieuses et malintentionnées.
  • la fausseté du jugement : il suit sa propre logique, malheureusement construite sur une série d’interprétations fausses, mais dont il est absolument convaincu. Il cherche d’ailleurs souvent à imposer ses opinions de manière tyrannique et intolérante à ses proches.

Nous retrouvons bien là le comportement de certains de nos grands joueurs !

La schizophrénie paranoïde, la plus fréquente des formes de schizophrénie, se caractérise par une méfiance envahissante et des convictions délirantes d’être la cible de persécutions, souvent bizarres (par exemple, être contrôlé à distance par des ondes électromagnétiques), de même que par des hallucinations auditives (entendre des voix) qui donnent des ordres à l’individu ou commentent sans répit ses actions. La perception d’être persécuté et la méfiance que cela engendre entraîne souvent de l’anxiété, de l’irritabilité ou, plus rarement, de la violence afin de se défendre ou de se défaire de son ou de ses persécuteurs.

Quant à la symptomatologie, Jacques Dextreit et Norbert Engel font les remarques suivantes :

  1. l’importance de ce qui est lié à la vision : exhibitionnisme, goût pour le vêtement, phobie du regard ou des caméras.
  2. la grande difficulté d’insertion sociale et cela souvent depuis l’adolescence, le joueur ne vivant que dans le monde fermé des Échecs, de salle de tournois en chambre d’hôtel. Ce monde clos ne favorise certainement pas l’épanouissement.
  3. la quasi-absence de sexualité associée souvent à un comportement misogyne et parfois à des déviances sexuelles (exhibitionnisme) ou à une sexualité hors norme (homosexualité refoulée). On peut d’ailleurs s’interroger sur la peur des homosexuels de Bobby Fischer. Le milieu des Échecs est un monde quasi exclusivement masculin.
  4. les idées mégalomaniaques, fondées sur leur réel talent échiquéen, mais entraînant des comportements agressifs et quérulents (réclamation, procès).
  5. les idées de persécution et les mécanismes interprétatifs.

À cela Jacques Bernard ajoute dans sa Socio-anthropologie des joueurs d’Échecs un manque flagrant de confiance en soi, mêlé à un orgueil souverain, dégénérant en mégalomanie agressive. Cependant, il nous faut faire les réserves suivantes, à ce jour et à ma connaissance aucune étude sérieuse ne fut réalisée démontrant que notre jeu serait néfaste pour la santé mentale et les comportements quelque peu extravagants de nos champions font partie plus de la légende que de réelles observations cliniques. De plus, rapportée le plus souvent de manière indirecte, parfois de source orale et le plus souvent par des non-médecins, « c’est donc aux joueurs eux-mêmes, ou à des sympathisants de bonne volonté, précisent Jacques Dextreit et Norbert Engel, qu’échut la tâche d’écrire la pathologie mentale des champions d’Échecs. On peut interférer que ces observateurs ont retenu comme traits pathologiques les comportements les plus spectaculaires, comme les productions délirantes, le suicide, l’exhibitionnisme et que les symptômes moins démonstratifs (obsessionalité, manque de sociabilité, etc.) ont pu rester d’autant plus inaperçus qu’ils avaient toutes les chances d’exister aussi chez l’observateur ».