Le Roi jouant avec la Reine

Max Ernst
Plâtre original de Max Ernst (1944), intitulé « Le Roi jouant avec la Reine ». Format 101 x 81 x 54 cm.

La sculpture The King Playing with the Queen est l’une des inventions plastiques les plus remarquables de Max Ernst. Il réalisa cette précieuse version en plâtre pendant son exil aux États-Unis, en 1944, année très féconde, et en a fait couler plus tard 14 exemplaires en bronze à partir de 1954.

Max ErnstLa figure cornue, assise devant l’échiquier, en train de jouer — le roi du jeu — évoque le Minotaure de la mythologie grecque, un monstre mi-homme mi-taureau. Max Ernst sort la « figure » de l’échiquier pour la transformer elle-même en joueur. Il protège la reine de sa main droite (ou l’empêche d’avancer), pendant qu’il dissimule une autre figure dans sa main gauche. Le roi démoniaque joue manifestement avec ses sujets en appliquant ses propres règles — le jeu se joue lui-même.

Échecs et Folie

alekhine

Alexande Alekhine – Un personnage hors du commun

Alekhine fut sans doute une des personnalités des Échecs les plus controversées, à la fois aimé et haïs, menant une vie convulsive, pleine d’arrogance, professant des opinions politiques pour les moins discutables. Cet aspect sombre de sa personnalité fut recouvert par son énorme talent à faire éclore la beauté sur l’échiquier.

Alors qu’entre lui et Capablanca s’était développée une grande amitié, devenu champion du monde par sa victoire contre Capablanca, il développa une haine farouche contre son adversaire malchanceux, refusant toute rencontre, utilisant tous les stratagèmes pour l’ignorer, il interdisait même qu’on le nomme en sa présence. Il fut décrit comme agressif, violent même, lors de ses défaites, balançant échiquier et pièces au travers de la salle.

En 1935, à Carlsbad, lors de sa défaite contre Yates, il fracasse le mobilier de sa chambre d’hôtel. Le génial Alekhine était bien connu pour sa soif de victoire. Il détestait perdre, mais quel joueur d’Échecs aime perdre, et tous les moyens lui étaient bons pour triompher, quel que soit le chemin qui le conduisait au gain. Durant le match de revanche pour le championnat du Monde contre le néerlandais Max Euwe, sachant que son adversaire détestait les chats, Alekhine joua une des parties avec un de ses chats sur les genoux, qu’il caressait ostensiblement de temps en temps. Alekhine savait qu’il n’existait aucune règle à ce sujet et qu’Euwe ne pouvait déposer aucune plainte. Mégalomaniaque, arrêté sans passeport à la frontière polonaise, en 1935, pour toute explication, il lance aux douaniers ébahis : « Je suis Alexandre Alekhine, le champion du monde d’Échecs, j’ai un chat qui s’appelle Échecs, je n’ai pas besoin de passeport ». L’incident dut être résolu par voie diplomatique.

L’affection d’Alekhine pour les chats n’était pas absolue et pouvait se transformer en terreur dans d’autres circonstances. Se rendant à la 21e partie de son premier match de 1935 contre Max Euwe, il lui arriva cette mésaventure : notre champion séjournait à l’Hôtel Carlton d’Amsterdam. Comme tous les jours, un chauffeur venait le prendre pour l’emmener à Ermelo où se disputait le match. Pendant le voyage, la voiture croisa à deux reprises le chemin d’un minet et Alekhine, pris d’une soudaine attaque de panique, insiste pour terminer le trajet en train et se fait conduit à la gare la plus proche. Alekhine arriva au rendez-vous décomposé et selon certains en état d’ébriété avancé. La victoire d’Euwe, comme on pouvait sans douter, fut claire et tranchante. Alcoolique notoire, il arrivait sur le lieu de tournoi souvent bien éméché. Il fut surpris, dans ce même match, ivre mort dans un parc d’Amsterdam. Il pouvait aussi libérer sa vessie sur le sol du tournoi en pleine partie¹.

Reuben Fine le qualifie de sadique particulièrement avec sa dernière épouse. Son comportement avec les femmes était d’ailleurs surprenant. Marié cinq fois et deux fois avec des femmes beaucoup plus âgées (entre vingt et trente ans de plus). Sa dernière épouse, quelque peu enrobée et chargée d’ans, était surnommée malicieusement la veuve de Philidor. Il semblerait qu’il devint impuissant de manière précoce.

Et enfin et non des moindres, il manifesta un antisémitisme virulent et une franche sympathie pro-nazie, dont il se défendit après la guerre. « Tout comme avec Nimzowitsch et son système, écrivit-il, Réti a reçu un accueil chaleureux par la majorité des pseudo-intellectuels anglo juifs pour son livre Die neuen Ideen im Schach. Et ce bluff bon marché, cette honteuse auto-publicité, a été avalé sans résistance par le monde des Échecs, empoisonné par les journalistes juifs, qui ont fait l’écho aux cris jubilatoires des Juifs et de leurs amis : Vive Réti, et longue vie aux Échecs hypermodernes néoromantiques ». Ce caractère détestable l’isola progressivement et il mourut seul à Lisbonne, en 1946, sans doute d’une crise cardiaque, peut-être exécuté par un escadron de la mort composé de résistants français, chargé de liquider les collaborateurs après la guerre. Une mort hors du commun pour un personnage hors du commun !

¹ Lire à ce sujet l’article Deux fous gagnent, jamais trois !