Najdorf contre Reshevsky

Najdorf Reshevsky
Miguel Najdorf en 1973

Les grands Maîtres Miguel Najdorf et Samuel Reshevsky, tous deux juifs d’origine polonaise, disputèrent deux matchs, en 1952, pour définir qui pouvait se proclamer Champion des Amériques (Amérique du Nord contre Amérique du Sud). Najdorf conte cette anecdote :

« Nous devions jouer dans trois pays, les États-Unis, le Mexique et le Salvador, dont le Président, grand amateur d’Échecs, avait partiellement financé le match. Quand nous jouâmes à New York, peut-être parce que j’avais profité de la vie avec excès, je perdis les quatre premières parties. Quand un journaliste me demanda :
Que pensez-vous de Reshevsky ? Que pouvais-je penser, moi qui avais perdu 4-0. Je me limitais à répondre :
C’est un joueur admirable !
— Un peu plus tard, on demanda à Reshevsky qui, comme la majorité des joueurs d’Échecs, était un peu vaniteux :
Qu’est-il arrivé à Najdorf pour perdre ainsi 4-0 ?
À Najdorf, il ne lui est rien arrivé, répondit-il, il joue contre Reshevsky, c’est tout !

800px-Samuel_Reshevsky_1968La seconde partie du match se jouait à Mexico et je gagnais trois parties consécutives. Le score revenait à 4-3. On demanda alors à Reshevsky :
Maître, que vous est-il arrivé ?
L’altitude me handicape, l’alimentation, etc.
Ensuite, on me demanda:
Qu’est-il arrivé au Grand Maître Reshevsky pour perdre d’une telle façon ? Ma réponse fut :
À Reshevsky, il ne lui est rien arrivé. Il joue comme Najdorf, c’est tout ! »

La Nuit des Échecs de Radio Nova

La Nuit des Échecs de Radio Nova – Samedi 17 novembre 2012

Au détour du Net, je découvre cette émission de cette radio pour djeunes et le vieux schnock que je suis a eu du mal à aller plus loin que le générique, mais elle mérite l’écoute pour Christophe Bouton.

Radio Nova Échecs

On vous entend déjà : « les Échecs ? Ce jeu de société d’un autre âge ? Hey, on est sur Nova là, pas dans un club de seniors. Pourquoi pas le bridge pendant que vous y êtes ? »
On vous arrête tout de suite.
D’accord, les Échecs existent depuis tellement longtemps qu’on n’arrive même pas à se souvenir qui les ont inventés – peut-être un roi indien 3000 ans avant notre ère, ou encore la Guerre de Troie, si ce n’est pas la Perse du Ve siècle ou l’Europe en l’an mille (plein d’autres pistes sur Wikipédia).
D’accord, vous avez appris à y jouer avec votre grand-père lors de longues soirées d’hiver, ou lorsque vos parents vous ont offert la version électronique sponsorisée par Kasparov pour votre 8e anniversaire, arguant que ça travaillerait votre logique et que vous feriez des progrès en maths. Bref, les Échecs vous évoquent surtout l’ennui, les vieux, la lenteur, la poussière et les Russes un peu flippants.
Hé bien tout ça, c’est fini. En 5000 ans d’existence supposée, les Échecs ont eu le temps d’évoluer, de se moderniser, de se réinventer. Et aujourd’hui, rien n’est plus in que de décliner une invitation sous le prétexte « j’peux pas, j’ai Échecs ».

Réécoutez la Nuit Échecs sur Nova en 3 parties :

Au cours de cette soirée, des  joueurs affrontèrent Bachar Kouatly lors d’une partie majoritaire à la cadence de 3 minutes par coup :


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Dostoïevski

Dostoïevski
Portrait deDostoyevsky par Vasily Perov, 1872.

Mais l’homme est une créature légère et illogique : semblable au joueur d’Échecs, il n’aime que le processus du but à atteindre, non le but lui-même.

Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski 
Dans mon souterrain, in Les œuvres littéraires.

« L’homme aime à construire, c’est certain : mais pourquoi aime-t-il aussi à détruire ? Ne serait-ce pas qu’il a une horreur instinctive d’atteindre le but, d’achever ses constructions ? Peut-être n’arrive-t-il à construire que de loin, en projet ; peut-être aussi se plaît-il à faire des maisons pour ne pas les habiter, les abandonnant ensuite aux fourmis et aux bêtes familières. Les fourmis ont d’autres goûts que les hommes. Elles bâtissent pour l’éternité leurs fourmilières, c’est le but de toute leur existence et leur unique idéal, ce qui fait grand honneur à leur constance comme à leur esprit positif. L’homme, au contraire, esprit léger, est un perpétuel joueur d’échecs : il aime les moyens plus que le but, et, qui sait ? N’est-ce pas le but, les moyens ? La vie humaine ne consiste-t-elle pas plutôt en un certain mouvement vers un certain but ; qu’est ce but lui-même ? Et ce but, il va sans dire, ne peut être qu’une formule, 2 fois 2 font 4, et ce 2 fois 2 font 4 n’est déjà plus la vie, messieurs, c’est le commencement de la mort. Supposons que l’homme consacre toute sa vie à chercher cette formule ; il traverse des océans, il s’expose à tous les dangers, il sacrifie sa vie à cette recherche : mais y parvenir, y réellement parvenir, je vous assure qu’il en a horreur. Il sent bien que quand il aura trouvé, il n’aura plus rien à chercher. Les ouvriers, quand ils ont achevé leur travail, reçoivent leur argent, s’en vont au cabaret et de là au violon : voilà de l’occupation pour toute la semaine. Mais l’homme, où ira-t-il ? Atteindre à la formule, quelle dérision ! En un mot, l’homme est une risible machine ; il transpire le calembour. Je conviens que 2 fois 2 font 4 est une bien jolie chose ; mais, au fond, 2 fois 2 font 5 n’est pas mal non plus… »