Jean-Jacques Rousseau

Jean-Jacques RousseauBernardin de Saint-Pierre rapporte ses paroles de Jean-Jacques Rousseau : « La bonté était la base fondamentale du caractère naturel de Rousseau ; il préférait un trait de sensibilité à toutes les épigrammes de Martial. Son cœur que rien n’avait pu dépraver opposait sa douceur à tout le fiel dont nos sociétés s’abreuvent aujourd’hui. Cependant, il aimait mieux les caractères emportés que les apathiques. J’ai connu, me disait-il un jour, un homme si sujet à la colère, que, lorsqu’il jouait aux Échecs, s’il venait à perdre, il brisait les pièces entre ses dents. Le maître du café, voyant qu’il cassait tous ses jeux, en fit faire de gros comme le poing. À cette vue, notre homme ressentit une grande joie, parce que, disait-il, il pourrait les mordre à belles dents. Du reste, c’était le meilleur garçon au monde, capable de se jeter au feu pour rendre service ».

Nous connaissons l’intérêt plein d’ambivalence de Rousseau pour ce jeu, il fréquentait régulièrement le Café de la Régence, un des premiers cafés de Paris fondé en 1681, lieu de rendez-vous à partir de 1740 des joueurs d’Échecs parisiens qui auparavant se rencontraient au Café Procope. Grimm rapporte dans sa Correspondance littéraire qu’en 1770, il s’y est montré « plusieurs fois », mais des attroupements s’étant formés sur la place pour le voir passer, la police l’a prié de ne plus paraître « ni à ce café, ni dans aucun autre lieu public… Depuis ce temps-là, il s’est tenu plus retiré ». « Sa place au moins est restée très longtemps marquée, écrit I. Grünberg¹, s’il faut en croire un chroniqueur du Palamède² de 1836, lequel raconte qu’ « il y a peu d’années encore, les maîtres du café [la Régence] disaient avec orgueil à leurs garçons : Servez à Jean-Jacques ! Servez à Voltaire ! désignant ainsi les tables où ces illustres habitués se plaçaient ordinairement ».

¹ I. Grünberg, Rousseau joueur d’Échecs, Annales de la Société Jean-Jacques Rousseau, n°3, pp.157-173.
² Le Palamède est un magazine d’d’Échecs disparu. En 1836, des passionnés du Café de la Régence, place du Théâtre-Français (actuellement place André-Malraux) à Paris, réunis autour de Charles de la Bourdonnais, décident de créer un magazine où vont être retranscrites, sur le papier, les beautés qu’ils voient sur l’échiquier. Il cessera de paraître en 1847.

Art ou jeu ?

A la question : « Considérez-vous les Échecs comme un art ou comme un jeu ? »

Eric-Emmanuel Schmitt

Définitivement un jeu, car c’est une activité close sur elle-même. Pratiquer les Échecs ne nous apprend que les Échecs. C’est un exercice qui n’a d’autre but que lui-même et qui n’ouvre pas de fenêtres sur le monde. D’ailleurs, n’avez-vous pas remarqué l’esprit dangereusement obsessionnel de grands champions, voire leur indigence intellectuelle en dehors de leur matière ? En revanche, l’art nous révèle continuellement des choses sur le monde et sur nous même.

Eric-Emmanuel Schmitt