Jouer avec le diable

Jean Cocteau, Lancelot joue aux Échecs avec le diable (1935 -39).

Je n’ai rien trouvé concernant un intérêt plus prononcé de notre poète Jean Cocteau sur les Échecs, que ces trois dessins à l’encre de Chine et ce passage de son film La Belle et la Bête. Il collabora également avec Hans Richter et Marcel Duchamp à un film expérimental américain 8 × 8 : A Chess Sonate in 8 Mouvements réalisé en 1957 à New York.

Un homme part en voyage d’affaires ; avant de s’en aller, il promet à ses filles de leur rapporter des cadeaux. Pour Félicie et Adélaïde un perroquet et un singe, ainsi qu’une tonne d’artifices et de bijoux, et pour Belle, une jolie rose. En route, il s’égare dans une forêt où il trouve un château étrange et majestueux ; après y avoir passé la nuit et y avoir soupé, il y remarque une rose qu’il décide de prendre pour Belle. C’est au moment où il la cueille qu’apparaît le propriétaire du château (Jean Marais), un monstre doté de pouvoirs magiques, à l’aspect mi-humain mi-animal. Le châtelain condamne le marchand à mort, à moins que ce dernier ne lui donne une de ses filles. Belle accepte de se sacrifier et s’en va vers le château.

Avenant et Ludovic, deux jeunes gens libertins, jouent aux Échecs
alors qu’un créancier fait emporter les meubles pour rembourser leurs dettes de jeu.

Jean Cocteau

Échecs et Folie

Aaron Nimzowitsch – Des Échecs considérés comme une gymnastique

Aaron NimzowitschNé à Riga en Lettonie alors annexée à la Russie, d’origine juive, germanophone, il apprit à jouer à 8 ans. Il fit ses études en Allemagne. En 1904, il s’inscrivit à Berlin afin d’étudier la philosophie, mais interrompit ses études dans leur première année pour se consacrer à une carrière de joueur d’Échecs professionnel. Après les années tumultueuses et souvent infructueuses de la Première Guerre, il commença à jouer les premiers rôles alors qu’il s’installait au Danemark, en 1922. Il obtint la nationalité danoise et y vécut jusqu’à sa mort, en 1935. Il fut sans doute l’un des penseurs les plus originaux à contre-courant de son époque, initiateur de la révolution hypermoderne. À la différence de Morphy, Steinitz et Rubinstein, Nimzowitsch ne souffrait pas de troubles psychiatriques, mais d’une grande instabilité nerveuse.

Hypocondriaque, irritable, agressif, souvent revendicateur, se plaignant du bruit, de la fumée… Vous vous souvenez sans doute de cette anecdote : il joue contre Maroczy. Ce dernier sort une cigarette sans l’allumer. Nimzowitsch proteste et appelle l’arbitre, qui n’est autre que Vidmar, autre grand joueur d’Échecs. Vidmar lui fait remarquer que Maroczy ne fume pas. Et Nimzowitsch de rétorquer : « En tant que Grand Maître, vous savez bien que la menace est plus forte que l’exécution ! ».

Râleur invétéré, jamais satisfait, il assaillait les serveurs de mille reproches : sa portion était trop petite, sa viande trop cuite. Nimzowitsch faisait le poirier (les médecins lui recommandaient de l’exercice), à la grande stupeur de ses adversaires au cours des tournois et se livrait à divers exercices de gymnastique dans la salle. Lors d’un match, après avoir perdu, il saute sur la table et crie : « Pourquoi dois-je perdre contre un tel idiot ! » Humour, excentricité ou un peu déjanté ? « Mais plus que dans ces excentricités, écrivent Jacques Dextreit et Norbert Engel, on peut juger au travers des écrits mêmes de Nimzowitsch de l’extraordinaire mélange de vanité et de naïveté qui caractérisent le personnage. Son ouvrage essentiel Mon Système est un salmigondis de conceptions échiquéennes nouvelles et remarquables, de jeux de mots et métaphores d’un infantilisme extrême et de protestations envers les critiques et le monde entier incapable de comprendre et reconnaître son génie ».

L’Ultime secret

Bernard WerberUn ordinateur est toujours plus fort qu’un homme parce que l’ordinateur n’a pas d’état d’âme. Après un coup gagnant, l’ordinateur n’est ni joyeux ni fier. Après un coup raté, il n’est ni déprimé ni déçu. L’ordinateur ne possède pas d’ego. Il n’éprouve pas de rage de vaincre, il ne se remet pas en question, il n’en veut même pas personnellement à son adversaire. L’ordinateur est toujours concentré, il joue toujours au mieux de ses possibilités sans tenir compte des coups passés. Voilà pourquoi les ordinateurs de jeu d’Échecs battent systématiquement les humains… 

Bernard Werber, L’Ultime secret