Concentration

Au journal de 20 h, dimanche 13 décembre 2015.

Comment faire abstraction et permettre à notre cerveau de prendre la bonne décision. Des méthodes existent comme la pratique de la sophrologie qui permet de se focaliser sur sa respiration, en oubliant les bruits extérieurs. Dans une entreprise parisienne, toutes les deux semaines, la cafétéria se transforme en salle de méditation, pendant une quinzaine de minutes, une façon d’évacuer le stress et de se remettre au travail, en toute sérénité.

Le journal du jeune Prokofiev

Sergei Prokofiev, outre un musicien exceptionnel, était aussi un passionné du jeu des rois. Et un assez bon joueur (assez bon pour battre son ami Capablanca au moins une fois). Voici les notes de son journal sur quelques-uns des plus grands joueurs de son époque :

« À huit heures, je suis allé à l’ouverture du championnat¹ et je me trouvai transporté immédiatement dans un royaume enchanté, un royaume vivant avec l’activité la plus incroyable dans les trois salles du club lui-même et trois autres salles mises à disposition par la commission de l’Assemblée. Ce tournoi est une affaire de haut niveau, tout le monde en habit, les maîtres entourés chacun d’une foule d’admirateurs… Le favori, Capablanca, jeune, élégant, gai et avec un sourire constant sur son beau visage, circule à travers la salle en riant et en bavardant avec la grâce facile de celui qui sait déjà qu’il sera le vainqueur.

journal prokofiev
Serge Prokoviev au piano vers 1930.

Lasker, un peu plus gris depuis le tournoi 1909, avec son visage distinctif, sa stature légère et un air de connaître sa propre valeur ; Tarrasch — typiquement allemand debout avec les moustaches du Kaiser Wilhelm et une expression arrogante ; notre propre Rubinstein, au visage grossier et inintelligent de commerçant modeste, mais talentueux comparé à Tarrasch, erratique, dangereux ; Bernstein, l’allure prospère avec un beau visage effronté, la tête rasée et un nez colossal, des dents éclatantes et, sans relâche, les yeux brillants. Notre talentueux Alekhine avec son manteau d’avocat et les traits un peu pincés, légèrement désagréables d’homme de loi, plus sûr de lui que jamais, mais néanmoins un peu subjugué par la magnificence de l’entreprise. Marshall, l’Américain, un Yankee typique, avec une touche de Sherlock Holmes, farouchement passionné pendant le jeu, mais ridiculement taciturne en privé. Yanovsky de Paris, un déserteur dans sa jeunesse du service militaire et de retour à titre exceptionnel grâce à une dispense spéciale pour revenir sans encombre pour le championnat, vêtu d’un costume clair d’une élégance exquise, autrefois un célèbre bourreau des cœurs, mais aujourd’hui dans sa cinquième décennie, accusant son âge et portant des lunettes d’or. Le végétarien combatif Nimzowitsch, l’étudiant allemand typique et fauteur de troubles. Enfin, deux hommes âgés, destinés à être les victimes de tous, le corpulent Günsberg, portant sur son visage une expression blessée en permanence, Blackburne, encore, en dépit de ses 72 ans, capables de produire des combinaisons originales et élégantes ».

Une partie qu’il joua quelques années plus tard, en 1933 contre le vieux Lasker qui donnait une simultanée à Paris :

1933 est l’année où Prokoviev décide de rentrer en Russie, attiré par les promesses du gouvernement soviétique. C’est une autre période fructueuse (Roméo et Juliette, Cendrillon, Ivan le Terrible) qui prend fin avec la guerre. Après de graves problèmes de santé, persécuté par l’URSS, Prokofiev s’éteint presque dans l’oubli, effacé par la mort de Staline le même jour.

En 1933 également, Sergeï compose la musique d’un film Lieutenant Kijé qui devint la suite d’orchestre opus 60. L’argument : Une erreur de transcription dans un document militaire fait apparaître le nom d’un lieutenant qui n’existe pas. Mais nul n’ose l’avouer au tsar. Il s’ensuit un personnage fantôme, qui sert de prête-nom en diverses circonstances. Le jour où le tsar voudra faire la connaissance de cet officier exemplaire, on lui annoncera sa mort, et assistant à l’enterrement d’un cercueil vide, le tsar dira : « Mes meilleurs hommes s’en vont ! »

Serge Prokoviev – Lientenant Kijé, suite d’orchestre op. 60

¹ En 1914, le jeune Prokovief assiste, ravi, au Championnat du Monde se déroulant à Saint-Pétersbourg. Depuis l’enfance, il suivait les victoires et les défaites de ces champions. Ce tournoi fut une merveilleuse occasion où il put rencontrer ses idoles venues pour l’occasion des quatre coins de la terre, particulièrement José Capablanca qui devint un ami proche et joie suprême, il remporta une victoire sur le grand Capa dans une simultanée. Dans ses carnets Prokofiev a laissé une description détaillée et extrêmement intéressante du championnat, auquel il assista en tant que spectateur. Voir sur ce sujet : Capablanca & Prokoviev et La Gloire de Sergueï Sergueïevitch.