Rousseau joueur d’Échecs

Bien des facettes de Rousseau nous sont connues : Rousseau botaniste, musicien. Nous connaissons moins Rousseau joueur d’Échecs. Aux renseignements fournis sur ce point par ses mémoires, d’autres témoignages attestent de la passion du grand Jean-Jacques pour le Noble Jeu.

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Gravure sur bois d’après Les joueurs d’échecs (1863) de Jean-Louis-Ernest Meissonier.

Dans une grande lettre adressée à M. de Saint-Germain du 26 février 1770, Rousseau se défend d’aimer le jeu : « Le jeu, je ne puis le souffrir. Je n’ai jamais joué qu’une fois en ma vie au Redoute à Venise ; je gagnai beaucoup, m’ennuyai, et ne jouai plus. Les Échecs, où l’on ne joue rien, sont le seul jeu qui m’amuse ». Il nous raconte sa découverte du jeu des Rois dans les Confessions : « Toutes les fois qu’avec le livre de Philidor ou celui de Stamma j’ai voulu m’exercer à étudier des parties, la même chose m’est arrivée, et, après m’être épuisé de fatigue, je me suis retrouvé plus faible qu’auparavant. Du reste, que j’aie abandonné les Échecs, ou qu’en jouant je me sois remis en haleine, je n’ai jamais avancé d’un cran depuis cette première séance, et je me suis toujours retrouvé au même point où j’étais en la finissant. Je m’exercerais des milliers de siècles, que je finirais par pouvoir donner la tour à Bagueret, et rien de plus. Voilà du temps bien employé ! »

Mais Rousseau opiniâtre, malgré son soi-disant insuccès, ne s’est jamais découragé. Il eut même le désir de devenir un fort joueur. Peu après son arrivée à Paris en 1742, à 30 ans, il vit dans les Échecs un des moyens d’échapper à la misère : « J’avais un autre expédient non moins solide dans les Échecs, auxquels je consacrais régulièrement, chez Maugis, les après-midi des jours que je n’allais pas au spectacle. Je fis là connaissance avec M. de Légal, avec un M. Husson, avec Philidor, avec tous les grands joueurs d’Échecs de ce temps-là, et n’en devins pas plus habile. Je ne doutai pas cependant que je ne devinsse à la fin plus fort qu’eux tous ; et c’en était assez, selon moi, pour me servir de ressource. De quelque folie que je m’engouasse, j’y portais toujours la même manière de raisonner. Je me disais : Quiconque prime en quelque chose est toujours sûr d’être recherché. Primons donc, n’importe en quoi ; je serai recherché, les occasions se présenteront, et mon mérite fera le reste. Cet enfantillage n’était pas le sophisme de ma raison, c’était celui de mon indolence. Effrayé des grands et rapides efforts qu’il aurait fallu faire pour m’évertuer, je tâchais de flatter ma paresse, et je m’en voilais la honte par des arguments dignes d’elle ».