Capablanca en Russie

capablanca en russieTrompé par la légende erronée de ce beau cliché, je l’ai associé au Tournoi de Saint-Pétersbourg d’avril 1914. En fait, Capablanca arriva en Russie à la fin de l’année 1913. Ce fut sa première visite. Rapidement, il joue deux parties au cours de matchs d’exhibition contre chacun de ces adversaires : Alexandre Alekhine, Evgeny Znosko-Borovsky et Fedor Duz-Kkhotimirsky, n’en perdant qu’une seule contre Znosko-Borovsky, la première défaite après trente victoires consécutives, avoua-t-il plus tard. Malheureusement, Capablanca n’écrivit rien sur ces parties en dépit de leur qualité stratégique et tactique. Le 14 décembre 1913, il affronte pour la première fois Alekhine.

Capablanca vient de jouer 35. Ng2 et le jeune Alekhine paraît plutôt serein pour un gaillard qui ne pourra éviter le mat par Nf5. Manifestement, nos deux héros posent, la partie terminée.

Après cette partie, Capablanca et Alekhine furent souvent ensemble. Alekhine emmena le Cubain visiter les musées de la capitale et l’introduisit auprès de ses parents et amis et en général passa beaucoup de ses loisirs avec lui. Voici comment Sergueï Shishko décrit une de leurs visites à la soirée d’une jeune baronne, réputée charmante hôtesse :

« Alekhine se présenta vêtu de son noir uniforme usé d’étudiant en droit. Capablanca, en smoking orné d’un brillant chrysanthème en ivoire à son revers. Le spirituel Cubain, au teint doré, possédait des yeux de velours expressifs qui semblaient scintiller. Deux hommes pleins de jeunesse et de belles tournures ! La douzaine d’invités, arrivés plus tôt, les accueillirent avec des applaudissements.

Capablanca gagna aussitôt le cœur des dames. Il les charmait avec cette  politesse sans affectation, ses manières faciles et son habilité à faire d’opportunes et spirituelles contributions à la conversation, une capacité hautement appréciée dans la haute société. Il parlait essentiellement anglais et français. Alekhine, de son côté, ne prononça que quelques phases durant toute la soirée, bien qu’il parla couramment ses deux langues.

Quand une opportunité adaptée survint, un des invités demanda à l’hôtesse ses premières impressions sur ces deux jeunes gens. La baronne qui était connue pour sa vivacité d’esprit et sa langue acérée répondit immédiatement en russe : « Capablanca est élégant, Alekhine astucieux ! ». Bientôt l’hôtesse amenda son évaluation hâtive et partiale sur le jeune Cubain. Cela arriva après qu’il eut capté l’attention des invités en décrivant son pays et le courage et l’aspiration de son peuple.

Je vous en pris, continuez ! C’est fascinant », encourage-t-elle son remarquable invité ».

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