L’Homme des Champs

Jacques Delille
Jacques Delille, poète et traducteur français (1738 – 1813)

Dans ses calculs gravement enfoncé,
Un couple sérieux qu’avec fureur possède
L’amour du jeu rêveur qu’inventa Palamède,
Sur des carrés égaux, différents de couleur,
Combattant sans danger, mais non pas sans chaleur,
Par cent détours savants conduit à la victoire
Ses bataillons d’ébène et ses soldats d’ivoire.
Longtemps des camps rivaux le succès est égal.
Enfin l’heureux vainqueur donne l’échec fatal,
Se lève, et du vaincu proclame la défaite.
L’autre reste atterré dans sa douleur muette,
Et, du terrible mat à regret convaincu,
Regarde encore longtemps le coup qui l’a vaincu. 

Jacques Delille – L’Homme des Champs

Capablanca en Russie

capablanca en russieTrompé par la légende erronée de ce beau cliché, je l’ai associé au Tournoi de Saint-Pétersbourg d’avril 1914. En fait, Capablanca arriva en Russie à la fin de l’année 1913. Ce fut sa première visite. Rapidement, il joue deux parties au cours de matchs d’exhibition contre chacun de ces adversaires : Alexandre Alekhine, Evgeny Znosko-Borovsky et Fedor Duz-Kkhotimirsky, n’en perdant qu’une seule contre Znosko-Borovsky, la première défaite après trente victoires consécutives, avoua-t-il plus tard. Malheureusement, Capablanca n’écrivit rien sur ces parties en dépit de leur qualité stratégique et tactique. Le 14 décembre 1913, il affronte pour la première fois Alekhine.

Capablanca vient de jouer 35. Ng2 et le jeune Alekhine paraît plutôt serein pour un gaillard qui ne pourra éviter le mat par Nf5. Manifestement, nos deux héros posent, la partie terminée.

Après cette partie, Capablanca et Alekhine furent souvent ensemble. Alekhine emmena le Cubain visiter les musées de la capitale et l’introduisit auprès de ses parents et amis et en général passa beaucoup de ses loisirs avec lui. Voici comment Sergueï Shishko décrit une de leurs visites à la soirée d’une jeune baronne, réputée charmante hôtesse :

« Alekhine se présenta vêtu de son noir uniforme usé d’étudiant en droit. Capablanca, en smoking orné d’un brillant chrysanthème en ivoire à son revers. Le spirituel Cubain, au teint doré, possédait des yeux de velours expressifs qui semblaient scintiller. Deux hommes pleins de jeunesse et de belles tournures ! La douzaine d’invités, arrivés plus tôt, les accueillirent avec des applaudissements.

Capablanca gagna aussitôt le cœur des dames. Il les charmait avec cette  politesse sans affectation, ses manières faciles et son habilité à faire d’opportunes et spirituelles contributions à la conversation, une capacité hautement appréciée dans la haute société. Il parlait essentiellement anglais et français. Alekhine, de son côté, ne prononça que quelques phases durant toute la soirée, bien qu’il parla couramment ses deux langues.

Quand une opportunité adaptée survint, un des invités demanda à l’hôtesse ses premières impressions sur ces deux jeunes gens. La baronne qui était connue pour sa vivacité d’esprit et sa langue acérée répondit immédiatement en russe : « Capablanca est élégant, Alekhine astucieux ! ». Bientôt l’hôtesse amenda son évaluation hâtive et partiale sur le jeune Cubain. Cela arriva après qu’il eut capté l’attention des invités en décrivant son pays et le courage et l’aspiration de son peuple.

Je vous en pris, continuez ! C’est fascinant », encourage-t-elle son remarquable invité ».

Karpov philatéliste

La relation semble étroite entre le monde des Échecs et celui de la philatélie. La personnalité du philatéliste se rapproche de celle du joueur. Les ressorts psychologiques du collectionneur n’ont que rarement fait l’objet d’analyses, néanmoins, le psychologue Henri Codet leur a consacré une thèse. Il recense quatre caractéristiques psychologiques du collectionneur où le joueur d’Échecs peut se retrouver : le désir de possession, le besoin d’activité spontanée, l’entraînement à se surpasser et la tendance à classer. Ils partagent également le côté obsessif de leurs passions, la vigilance permanente (l’attention du collectionneur semble toujours en alerte pour découvrir de nouveaux objets), l’acquisition des connaissances (pour choisir le bon objet), une bonne mémoire (pour se souvenir des caractéristiques de chacun de ses objets). Autre point commun, le collectionneur se déprime souvent quand il achève sa collection, comme beaucoup de nos génies échiquéens entrent dans des troubles psychiques quand ils cessent de jouer. Et enfin, de nombreux joueurs sont de fervents collectionneurs.

Karpov philatéliste
Analoy Karpov sur un timbre guinéen, 1984.

Karpov est lui-même un philatéliste renommé et détiendrait la collection complète  de timbres sur le thème des Échecs. Il commence par amasser plus de 30 000 pin’s avant de s’intéresser aux timbres et notamment aux timbres commémorant les 40 ans de l’Armée Rouge Soviétique. Spécialiste de la Belgique, il possédait la deuxième plus riche collection au monde. Elle fut vendue le 8 décembre 2011  et rapporta la coquette somme de 2 532 000 €.

Karpov philatéliste
Sao Tomé-et-Principe, 1981.

Il apparaît sur plus de 200 de ces timbres. Certains, d’ailleurs, ne lui plaisent pas du tout. « En Corée du Nord, avoue-t-il, ils imprimèrent un timbre pour célébrer mon match contre Korchnoi. Viktor Lvovich et moi, nous y apparaissons comme des Coréens. Certains timbres africains sont également spéciaux : le grand maître brésilien Henrique Mecking apparaît… comme un noir et moi comme un mulâtre ! » Anatoly devrait savoir que les Échecs n’ont point de frontières.

Karpov philatéliste
Analoy asiatifié en 1980.

Épitaphe

Nous sommes les pions de la mystérieuse partie d’Échecs jouée par Dieu. Il nous déplace, nous arrête, nous pousse encore, puis nous lance un à un dans la boîte du Néant.

Omar Kheyam, poète persan du Moyen-Age
Épitaphe sur la tombe de David Janowsky (1868-1927).

Épitaphe

David Markelovitch Janowski est un joueur d’Échecs français d’origine polonaise. Il était considéré au début du XXe siècle comme l’un des meilleurs attaquants et était connu pour jouer sans se soucier de gagner ou de perdre.