Le petit roi s’en ira tout penaud

Échecs et Folie

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Né à La Nouvelle-Orléans en 1837, Paul Morphy s’imposa en quelques mois comme l’un des plus extraordinaires champions qu’ait connu le jeu d’Échecs ; en 1857, il remporta le premier championnat des États-Unis et, au cours des deux années suivantes, il rencontra en Europe tous les forts joueurs de l’époque, dont il triompha de superbe manière, faisant montre d’une profondeur de conception et d’un niveau de jeu très en avance sur son temps. Seul l’Anglais Howard Staunton se déroba à un match contre le jeune américain. Le Chess Monthly, en décembre 1857, affirmait que « son génie, sa modestie et sa courtoisie l’ont rendu agréable à toutes les personnes rencontrées ». En 1859, ce dernier lança un défi aux joueurs du monde entier, défi que nul ne releva, et il abandonna alors la pratique du jeu de haute compétition.

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The Louisiana Retreat à la Nouvelle Orléans

C’est plusieurs années plus tard, vers la quarantaine, que les troubles mentaux apparurent. Il accusait sans raison son beau-frère de tenter de le spolier de son héritage, le provoquant en duel. Morphy était un bon épéiste et il faut dire que le duel, dans ces années-là et dans la culture créole, était encore un moyen pas si extraordinaire de résoudre un conflit. Craignant l’empoisonnement, il refusait toute nourriture qui n’avait pas été préparée par sa mère ou sa sœur. Déprimé, Morphy passait son temps à déambuler dans le quartier français de la ville, parlant avec des personnes imaginaires, agressant à plusieurs reprises ses amis. Sa famille se résout à le faire interner au Louisiana Retreat, établissement pour les faibles d’esprit comme il était dénommé alors. Les soins eurent sans doute qu’une efficacité modérée, car il continua à manifester des peurs irraisonnées envers les barbiers qu’il soupçonnait de vouloir lui trancher la gorge et on le vit souvent quitter leurs boutiques brusquement, en proie à une grande terreur, le visage encore couvert de mousse. Le tableau clinique, ainsi que l’âge d’apparition des troubles, laisse croire que Paul Morphy sombra peu à peu dans un délire paranoïaque.