Auto-adoration

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Siegbert  Tarrasch (1862-1934)

Jusqu’à ce point, les blancs ont suivi une analyse très connue. Mais maintenant, ils ont fait une erreur fatale : ils ont utilisé leur propre cerveau.

Siegbert Tarrasch

« La force du Dr Tarrasch ou sa faiblesse si l’on veut, écrivait Emanuel Lasker dans le Lasker’s Chess Magazine de janvier 1906 — est son amour-propre prononcé. Sans lui, il aurait été un joueur d’Échecs très médiocre ; doué à un degré anormal, il est devenu un géant. Son amour-propre était tel qu’il se devait d’exceller dans quelque chose. Les Échecs étaient pour lui le moyen le plus facile. C’est un passionné de ce jeu, mais, plus particulièrement de son propre jeu. Il a écrit deux livres et en rédige un troisième — tous trois sur lui-même, ses victoires, ses opinions, sa vie et son évolution. Son style est divertissant et plein d’esprit. Mais sa naïve auto-adoration influe souvent sur son jugement sur les hommes, les affaires et même les positions d’Échecs.

Il n’y a pas de parties jouées en ce bas monde par n’importe qui, sauf celles, bien évidemment, du Dr Tarrasch, dans lesquelles il n’a pas signalé une erreur, ou une route plus rapide vers la victoire, ou une amélioration d’un certain type. Dans ses critiques, sa personnalité doit être prédominante. C’est la grande faiblesse de son jugement. Dans sa vie personnelle, il est, comme beaucoup d’Allemands des classes supérieures, toujours correct. Pour être correct, en Allemagne, le comportement d’un homme, dans le jugement de ses voisins, doit-être toujours bon et digne de son rang. Pour être correct, il faut être guidé par l’opinion des autres ; il faut être sans code moral ou éthique personnelle, mais annexer ceux de son entourage. Dans son habillement, dans ses paroles et ses actes publics, le Dr Tarrasch est toujours correct ».