La Gloire de Sergueï Sergueïevitch

Prokofiev vs Capablanca
Sergei Prokofiev dessiné par  Henri Matisse le 25 April 1921.

Le 16 mai 1914

Dans la soirée, une fois de plus au tournoi d’Échecs à affronter Capablanca. La partie débuta comme la veille — Capablanca n’a pas perdu l’échange, mais n’a pas gagné de pièces. Il attaqua, rendant les choses très difficiles pour moi, mais je résistai énergiquement. Capablanca jouait ses pièces avec style, les laissant disponibles pour l’attaque, mais si vous tentiez de les prendre, vous perdiez. Budarina, dans un état terrible, était à ma droite ; à ma gauche,  gentleman impeccable, Iakhontov, le beau-frère de Bashkirov. Après deux heures de dur jeu, je vis soudain une combinaison et dit à Iakhontov : « Je vais gagner le match ! »

prokoJe la lui montrai, mais pour être tout à fait certain, je demandai à Capablanca de passer mon tour. Quand il revint, j’étais un peu nerveux, car j’avais réfléchi sur un mat en trois. Je fis mon coup. Capablanca était sur le point de répondre, mais s’arrêta, voyant le piège. Après réflexion, ne pouvant s’échapper, il sacrifia une pièce. Ainsi, j’avais une pièce de plus et je devais  maintenant l’utiliser. Ce fut un moment où je fus réellement effrayé, il me semblait que Capablanca pouvait s’échapper. Mais c’était impossible et il perdit ! Je célébrais ma victoire et fut congratulé. Dranishnikov, extatique, criait : « Give him the bumps ! »  Le résultat de la simultanée fut : 20 gains, 2 pertes et 2 nuls.

Bashkirov m’invita chez lui pour le thé, il était tard, mais, sachant que Capablanca y allait, j’acceptai l’invitation. Je regardais Capablanca et il était intéressant de voir comme il était peu présent. Mais étant allé au lit à huit heures du matin et se levant à midi, il avait l’air absolument épuisé et pour la plupart du temps ne disait rien, les yeux fixés dans son verre. Bashkirov s’est lancé dans un flux de rhétorique sur l’histoire russe et nous l’avons écouté. Puis il m’a demandé de jouer Tannhäuser. Habituellement, je ne l’aurais pas fait, mais j’étais curieux ce qu’en pensait Capablanca. Il écouta avec un plaisir évident, mais afficha une ignorance totale, disant qu’il avait entendu cette pièce quelque part, mais ne savait pas ce que c’était. Il apprécia mon prélude pour harpe. Nous quittâmes, Capablanca et moi, la demeure de Bashkirov ensemble. Je souhaitais marcher un peu et il fit de même. Après avoir échangé quelques mots au sujet de l’aube naissante, je gardai le silence comme lui. Nous marchâmes rapidement environ vingt minutes et Capblanca commença à parler et me demanda s’il était vrai que je partais pour Londres via la Suisse. Son accent français n’était pas tout à fait authentique, mais il parlait la langue très correctement. Je lui répondis en détail, mais il ne me dit pas où lui-même allait. Plus tard, nous parlâmes plus librement de choses et d’autres. Nous marchâmes allègrement jusqu’au coin de Sadovaya et Voznesenskaya, où nous nous quittâmes, lui partant ves l’Hôtel Astoria et moi vers First Rota. Il était trois heures du matin et tout à fait jour.

Serge Prokofiev

La Gloire de Sergueï Sergueïevitch

Un tube de Prokofiev : Pierrre et le Loup

Franz Kafka

Franz Kafka
Franz Kafka

Il n’est pas très connu que Franz Kafka jouait aux Échecs. Sa bibliothèque contenait de nombreux ouvrages dédiés à ce jeu, mais il n’y a pas d’indication dans son journal qu’il pouvait s’y adonner. En octobre 1911, il aurait participé à Prague, au Club d’Échecs Dobrusky, à une simultanée donnée par le jeune prodige cubain Capablanca, qui quelques mois plus tôt, venait de triompher à San Sebastian, dans son premier tournoi international. Dans son journal, commencé en 1910, Kafka ne fait, cependant, aucune mention de cet événement.

capablanca
Cette photo me paraît truquée. Kafka serait le troisième à droite.

Je vous donne donc, sous réserve, sa partie contre Capablanca :