Lèche-botte échiquéen

Botvinnik Staline

De la Révolution d’Octobre jusqu’à la fin de la guerre froide, le jeu d’Échecs fut politisé dans l’Union Soviétique. Dès les prémices de la révolution en 1917, Iline-Genevsky, grand maître et compagnon de combat de Lénine, déclarait : « les Échecs et le communisme peuvent s’entraider ».

« Cette entraide va s’instaurer et s’amplifier tout au long du siècle, écrit Jacques Bernard, et illustre parfaitement la fierté que concevait l’appareil politique dans son entier — c’est à dire, en principe, le reflet global de la pensée de la nation — de voir ses représentants établir leur supériorité dans un champ somme toute assez restreint — le jeu d’échecs. De manière symétrique, les champions d’échecs n’hésitaient pas à faire allégeance au régime communiste, et à confirmer ainsi cette identification entre le bien- fondé du système et le succès des joueurs soviétiques aux échecs¹ ».

Le jeune Botvinnik (25 ans) envoie ce télégramme à Staline, au lendemain de sa première grande victoire dans un tournoi international, le tournoi de Nottingham en 1936.

« Cher et très aimé maître et dirigeant,

C’est avec un sentiment de très grande responsabilité que je me suis rendu au tournoi d’Échecs de Nottingham pour y défendre l’honneur des échecs soviétiques dans le plus grand tournoi de ces dernières années. Mon ardent désir de défendre l’honneur des échecs soviétiques rendit mon jeu plus fort, plus intelligent, plus énergique. Je suis infiniment heureux d’être à même d’annoncer la victoire d’un représentant soviétique dans un tournoi où figurait l’ex-champion du monde Capablanca.

Ceci ne fut possible que grâce au soutien de tout mon pays, à l’attention de notre gouvernement et de notre parti, et, par-dessus tout, grâce à vous, notre grand dirigeant qui ne cessez de prendre soin de porter notre grand pays à des honneurs inégalés et de susciter les représentants d’une jeunesse soviétique saine et joyeuse, présente dans tous les secteurs de la construction socialiste.

Inspiré par votre grand slogan surmontez et dépassez, je suis heureux d’avoir pu le réaliser, même si ce n’est que dans un domaine très réduit, celui que notre pays m’avait assigné pour y combattre. »

Mikhaïl Moïseevitch Botvinnik

Botvinnik termina ex æquo avec José Raúl Capablanca. Ce tournoi compta parmi les plus forts de l’histoire avec la participation des huit meilleurs joueurs de l’époque et des cinq champions du monde de la première moitié du vingtième siècle.

La partie contre Capablanca se termina par une nulle. La voici, commentée par Alekhine :

¹ Jacques Bernard, Socio-anthropologie des joueurs d’Échecs L’Harmattan 2005