Pourquoi les femmes ne jouent-elles pas aux Échecs ?

Des causes socioculturelles

L’une d’elles pourrait être la maturité plus précoce des jeunes filles qui les détourneraient du monde ludique dès l’adolescence, confirmée par la chute considérable des effectifs féminins à cette période. Mais, comme l’écrit Jérôme Maufras dans son article Où sont les femmes ? paru dans le numéro 81 de la revue Échecs et Mat, « est-ce que les femmes ont un problème avec le jeu ou le jeu a-t-il un problème avec les femmes ? » Notre jeu ne refléterait-il pas le regard machiste de notre société. N’est-ce pas parce que les femmes ont été tenues pendant des siècles dans une situation d’infériorité sociale, vouées aux tâches domestiques et à la maternité, « sans pouvoir trouver le temps et la volonté nécessaires pour se livrer à des activités de natures intellectuelles. L’éducation des filles étant limitée à un niveau superficiel et utilitaire, leurs connaissances demeuraient fragmentaires et partielles », écrit Jacques Bernard dans Socio-anthropologie des joueurs d’Échecs.

Pourquoi les femmes ne jouent-elles pas aux Échecs ?

L’on sait qu’aux temps médiévaux, les femmes jouaient et jouaient sûrement bien aux Échecs, mais elles y étaient aussi instruites depuis leur plus jeune âge. Jusqu’au XVIe siècle, on jouait dans les demeures, fief de la femme. Notre jeu, se démocratisant, devint peu à peu un jeu d’extérieur plus populaire quittant les belles gentilhommières pour s’encanailler pour de longs siècles dans les tavernes et parfois même les tripots, « lieu de rencontres exclusivement masculin, dont les femmes, s’excluaient d’elle-mêmes, explique Jacques Bernard, […] la curiosité que suscitent les femmes dans un club d’échecs, qui se teinte parfois, selon les individus, de moquerie, de rivalité, de mépris ou de concupiscence, ne semble pas particulièrement propice à attirer les femmes vers le jeu d’échecs¹ ». Il cite Krzystof Pytel, ancien directeur national de la commission féminine au sein de la fédération française des échecs : « À 18 ans, il est difficile pour une fille d’entrer dans un club d’échecs, où il y a une majorité d’hommes. Peut-être le problème est-il là ? »

Pourquoi les femmes ne jouent-elles pas aux Échecs ?

À ce sujet Bruno San Marco écrit : « La femme joueuse d’échecs est un animal de foire… On lui fait comprendre où est sa place et on l’apprécie davantage pour ses charmes que pour l’intelligence de ses coups. On lui reproche d’appartenir à une minorité, de consacrer son temps aux douceurs du foyer, de préférer les cours de danse aux nuits folles passées à pousser du bois sur un échiquier en s’aidant d’une pendule schizophrène. »

¹ Jérôme Maufras, Échecs et Mat n° 81, 2005.
² Jacques Bernard, Socio-anthropologie des joueurs d’Échecs (Paris, L’Harmattan, 2005).

Les Échecs rendent heureux !

siegbert tarrasch
Siegbert Tarrasch

J’ai toujours senti une vague pitié pour l’homme qui ne connaît rien aux Échecs, tout comme j’en avais pour un homme ignorant de l’amour. Les Échecs, comme la musique ou comme l’amour ont le pouvoir de rendre heureux.

Siegbert Tarrasch

Tarrasch possédait un éminent talent tactique, bien qu’il décida de quitter le chemin romantique plus fleuri pour la voie positionnelle plus aride, mais plus courte indiquée par Steinitz. C’était un homme têtu avec une grande confiance en ses capacités, qualité pour un joueur d’Échecs, mais qui précipita sa chute, le rendant incapable d’absorber les idées nouvelles et positives des jeunes joueurs modernes comme Rubinstein, Reti, Nimzowitsch, Euwe et Tartakower qui, là où les classiques considéraient l’occupation du centre comme une nécessité, prônaient un contrôle à distance de ce dernier.

Une anecdote pour illustrer son ego surdimensionné : en 1894, Tarrasch dispute un match sans pendule contre Carl Walbrodt, les adversaires pouvant réfléchir aussi longtemps qu’ils le souhaitent. Tarrasch écrivit « Jamais on ne vit un jeu si parfait que le mien ! » Toujours en confrontation, fréquemment de mauvaise humeur, il possédait un caractère de chien, entretenant souvent avec ses rivaux de mauvaises relations. Il détestait perdre et ses réactions frisaient parfois le grotesque. Pour justifier sa défaite contre Lasker dans le Championnat du Monde en 1908, il évoqua l’inconfort du climat maritime de Düsseldorf… cité située à plus de 200 kilomètres de la côte !

Personnage peu sympathique ? Il n’était sans doute pas dupe de ses caprices de diva puisqu’il écrivait :  « J’ai eu un mal de dents pendant ma première partie. Dans la seconde, j’ai eu mal à la tête. Dans la troisième, j’ai eu une crise de rhumatisme. Dans la quatrième, je ne me sentais pas bien. Et pour la cinquième ? Eh bien, est-ce que l’on doit gagner toutes les parties ? » Personnalité riche et attachante comme beaucoup de nos grands joueurs de cette époque.

Dans cette partie en concertation jouée à Naples en 1914, les Blancs semblent tenir, du moins contre une catastrophe immédiate, la Q noire empêche Qb7 suivit de Kxa5 et Ra1#. Mais…