Huster parle de Zweig

Stefan Zweig, grand humaniste, ami de Sigmund Freud, a excellé dans l’art de la nouvelle. Durant toute son existence, il aura cherché à « exalter la vie » à travers une œuvre profonde et lumineuse qui fait de lui l’un des plus grands écrivains du XXe siècle. Face à la montée du nazisme, Zweig fuit jusqu’au Brésil en passant par le Royaume-Uni et les États-Unis d’Amérique. Il se dit alors étranger dans sa langue, juif en Allemagne, allemand en Angleterre. On ne présente plus Le Joueur d’Échecs, tant cette nouvelle posthume de Stefan Zweig est aujourd’hui connue. Considérée comme le chef-d’œuvre de Zweig, elle nous emmènera jusqu’aux confins de la folie.

À bord d’un paquebot vers les Amériques est présent Csentovic, le champion du monde d’Échecs, vaniteux et inculte. Jusqu’alors invaincu, il accepte d’engager une partie contre un aristocrate inconnu, Monsieur B. À la grande surprise de tous, la première rencontre se solde par un match nul. Une revanche est prévue pour le lendemain. C’est un récit en abyme qui permet à Zweig de nous conter la vie du jeune Csentovic ainsi que l’horreur qu’a subi Monsieur B lorsqu’il fut confiné dans une chambre d’hôtel par les nazis.

Huster parle de Zweig
Francis Huster donne vie sur scène à ce texte puissant et intense : Le Joueur d’Échecs  de Zweig, mise en scène par Éric-Emmanuel Schmitt.

Le jeu époustouflant de Francis Huster qui incarne, en un long monologue, modulant sa voix à tour de rôle et avec fougue, tous les personnages. Il sait être dans la retenue ou basculer dans la folie totale. Une adaptation très subtile et personnelle. Éric-Emmanuel Schmitt aménage avec infidélité le texte original pour le rapprocher plus près encore de la vraie vie de Stefan Zweig. Cette fable sur les échecs est une confession de Zweig, son oeuvre sans doute la plus autobiographique. Qui gagnera ? L’intelligence et la culture ont-elles encore une chance dans ce monde qui sombre dans la barbarie ? Lui qui s’est battu pendant toute sa vie pour la culture et une conception européenne de la civilisation est bien obligé, face à Hitler, de conclure qu’il a perdu. Il achève sa nouvelle et se suicide en 1942, à l’âge de 61 ans, avec sa jeune épouse, Lotte.

Francis Huster dans cet interview parle de la pièce et de Stefan Zweig  : « Zweig ne s’est pas suicidé, il a assassiné sa femme, puis il s’est assassiné ! »

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