Les Échecs du Messager

Cette variante du jeu d’Échecs, apparue au milieu du Moyen Âge, est sans doute une des plus connues. Elle fut jouée dans certaines régions d’Allemagne, particulièrement à Ströbeck, pendant une assez longue période. Le fait le plus remarquable fut l’introduction du Messager (Laufer en allemand) se déplaçant le long des diagonales et préfigurant notre Fou moderne. Une autre raison de sa célébrité, le peintre hollandais fut que Lucas van Leyden l’utilisa au centre d’une de ses compositions La Partie d’Échecs, vers 1508.

échecs messager
La Partie d’Échecs de Lucas van Leyden (fragment).

Elle se jouait sur un plateau de douze cases sur huit et les références littéraires ou artistiques indiquent que, habituellement, l’échiquier était repéré alternativement de cases de couleurs différentes (mais pas nécessairement). Il était commun de jouer avec le bord clair à sa droite.

échecs messager
De gauche à droite : la Tour, le Cavalier, l’Archer, le Messager, le Sage, le Roi, la Reine, l’Espion et les pions en première ligne.

p1080184

Chaque joueur dirigeait 24 pièces : le Roi situé au départ sur la case f7 se déplaçant comme le roi moderne, mais sans pouvoir roquer et sans pouvoir être pris ; la Dame très limitée en mouvement, une seule case sur les quatre diagonales, suivant la règle des échecs médiévaux jusqu’à la révolution de la fin du XVIe avec l’apparition des eschés de la dame ou jeu de la dame enragée qui renforça le pourvoir de la Reine ; le Sage ou Conseiller, se déplaçant comme le roi, mais pouvant être capturé ; l’Espion avançant d’un pas sur les rangées et colonnes, deux Messagers qui furent la réelle nouveauté de ce jeu et lui donnèrent d’ailleurs son nom, préfigurant les Fous modernes, ils se déplacent sur toutes les cases vides de toutes les diagonales, l’un de cases blanches, l’autre de cases noires ; deux Archers qui sont en faite l’équivalent des Fous du Moyen Âge issu des Fils persans (les éléphants) qui se déplacent de deux cases sur les diagonales en sautant éventuellement si une case est occupée sur le chemin ; puis deux Cavaliers et deux Tours semblables à ceux d’aujourd’hui ; et enfin 12 pions se déplaçant d’une case sans le double saut initial et prenant en diagonale. Rien n’est dit sur la promotion et ils devaient obéir sans doute aux règles échiquéennes de l’époque : revenir à leur case d’origine au moyen de joyeux bonds, comme il était dit, sur la même colonne, de la 8e à la 6e rangée, puis à la 4e et enfin à la seconde où ils recevaient la consécration de la promotion en Reine.

échecs messager

Les Échecs du Messager étaient pour les joueurs allemands d’une très grande nouveauté, habitués comme ils étaient à jouer les équivalents des Fous de cette manière limitée héritée du chatrangj persan. Les joueurs de l’époque n’étaient point accoutumés à visualiser les diagonales dans toute leur longueur et croyaient que cette pièce surprenante dépassait en force la Tour et donnèrent ainsi le non de ce messager à ce jeu.

échecs messager
Un passionné a récré ce jeu au partir du tableau en vente sur Courier Chess.com

La première mention du jeu apparaît vers 1200 dans Le Cavalier de la Roue de la Fortune, un roman arthurien allemand de Wirnt von Gravenberg, inspiré par Li bel inconnu (Le bel inconnu) du français Renaud de Beaujeu et la dernière en 1661 dans un autoportrait de l’artiste hollandais Jan de Bray, où l’on retrouve certaine ressemblance avec les pièces peintes par van Leyden. Il semble que le jeu disparut avec la naissance du XIXe siècle.

échecs messager
Les Échecs du Messager dessinés par Jan de Bray ( peut-être un autoportrait ), 1661.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *