Histoire des Échecs

La Marche de l’histoire, émission de France Inter de Jean Lebrun du 28 novembre 2012.

L’intensité intellectuelle, disait François Le Lionnais… la prévoyance, la prudence, la circonspection, disait Benjamin Franklin… On peut soutenir que le jeu d’Échecs, en mobilisant beaucoup de ressources rationnelles, a fait reculer la violence. N’est-il pas aussi le jeu du contrat social ? Que pourrait, sur l’échiquier, le roi sans les figures qui l’entourent ?

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Le jeu d’Échecs, par Charles Bargue (1826 – 1883).

Mais les Échecs laissant toujours les hommes dans l’incertitude sur leur condition, on peut tout aussi bien donner une interprétation inverse du spectacle des soixante-quatre cases. Il s’agit d’un sport violent, disait Marcel Duchamp, l’un de ses pratiquants. Fort prisé des chevaliers au Moyen Age et au XIXe, des officiers à la retraite — Napoléon compris, il reste du coté de la bataille. Et, au temps des grands championnats médiatisés des années 1970-1980, ils participèrent activement à la lutte finale est-ouest.

La conversion intellectuelle des humeurs guerrières n’est décidément pas chose aisée. Mais les Échecs étant aussi une machine à rêver, on peut imaginer qu’ils y contribuent.

Les Échecs Amoureux

La surenchère érotique caractérise l’allégorie échiquéenne suivant l’idée que l’amour est un champ de bataille. Boris Spassky, rapporte George Orwell,  disait que les règles échiquéennes sont les mêmes que celles de l’amour et de la guerre, et que si vous pouviez gagner à l’un, vous pouviez gagner aux autres.

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Ce thème du rapport amoureux autour de la partie d’Échecs à la vie dure. Voici une sélection de cartes postales l’illustrant encore au début du XXe siècle.

Soif de Victoire

Emanuel Lasker

Les Échecs sont une sorte de sublimation du besoin de victoire, réprimé et rationalisé dans la civilisation technique.

Emanuel Lasker

Le jeu d’Échecs est-il un moyen d’exprimer et de satisfaire une volonté de puissance ? Pour beaucoup d’entre nous, ils ne sont et resteront qu’un divertissement. Mais qu’en est-il de ces joueurs gravissant peu à peu les échelons, de ceux qui « pendant dix, vingt, trente, quarante ans, tendent de toute la force de leur pensée vers ce but : acculer un roi de bois dans l’angle d’une planchette* », gagnant, de tournoi en tournoi, leurs galons échiquéens, Maîtres et enfin Grands Maîtres internationaux ? Et quand ils ne pourront plus vaincre dans le monde réel, la soif de puissance jamais assouvie n’amènera-t-elle pas les plus fragiles d’entre eux à se réfugier dans la folie ?

* Stefan Zweig, Le joueur d’Échecs