Intelligence

goethe

Les Échecs, c’est la pierre de touche de l’intelligence.

Johann Wolfgang Von Goethe

Il aura fallu attendre plusieurs décénies avant qu’une étude ne prouve scientifiquement cette affirmation. Psychologue à l’université de Göttingen, Roland Grabner affirme que les tests d’intelligence réalisés sur des joueurs experts et novices « démontrent qu’à la fois l’expertise et l’intelligence impactent les performances de tâches liées au domaine d’expertise ». C’est à dire que la réussite aux Échecs serait dû à la fois à une pratique assidue et à une intelligence innée. D’où la conclusion du chercheur qui estime que « le jeu d’Échecs expert n’est pas isolé de l’intelligence ».

Mais restons modestes et n’oublions pas notre grand philosophe Denis Diderot : « Il est tout à fait possible pour un homme sage de devenir un grand joueur d’Échecs, mais il est également possible pour un grand joueur d’Échecs d’être un imbécile ».

Timbré d’Échecs

Le jeu d’Échecs est une thématique particulièrement prisée des opérateurs postaux et des philatélistes. Plusieurs centaines de timbres émis depuis des dizaines d’années partout dans le monde en attestent. C’est en 1947, à l’occasion des Jeux Balkaniques disputés en novembre à Sofia que la Bulgarie émit le premier timbre dessiné par St. Kancer en même temps que quatre autres concernant le sport. Il représente un cavalier blanc sur fond rouge.

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Bulgarie 1947, le premier timbre émis au monde sur le thème des Échecs

La Hongrie emporta la compétition avec une équipe composée, selon Alain Delobel, des joueurs suivants, dans l’ordre alphabétique, on trouve : Bakonyi, Benko, Barcza, Florian, Furster, Gereban, Szabo et Szny.

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Ce timbre est issu d’une série de 5. Chaque timbre symbolise un sport pratiqué lors de ces Jeux Balkaniques.

Une partie de Paul Benko de 1947 se terminant par un sacrifice de Dame :

Les Échecs, un combat amoureux

L’on peut se poser cette question : comment un jeu si guerrier put-il devenir une métaphore amoureuse entrant dans les rituels courtois des cours médiévales ? C’est peut-être que nous sommes trop habitués à nous installer dans nos salles de tournoi en face de mal rasés plus ou moins bourrus et dont le seul geste de tendresse sera la poignée de main virile et quelquefois indifférente qu’ils nous offrent.

Il faut peut-être aussi se replonger dans les mœurs de cette époque où de charmantes jouvencelles étaient offertes à de nobles, mais soudards maris, plus à l’aise dans la violence d’un champ de bataille que dans les galanteries poétiques et courtoises. Nous pouvons aisément imaginer quel accueil, elles pouvaient prodiguer à ces ménestrels cultivés, sans doute roturiers, mais de belle tournure. « Un troubadour à succès, écrit Marilyn Yalom dans son livre Birth of the Chess Queen, se devait d’être sophistiqué, poète et spirituel, chanteur, musicien, et — surtout n’oublions pas — joueur d’Échecs ». Conon de Béthune, trouvère né vers 1150 en Artois, confesse qu’il pouvait être bon maître pour enseigner les règles de notre jeu, mais incapable de se défendre d’un mat, car le jeu de l’amour lui faisait perdre la tête. Nombreux troubadours employèrent notre jeu pour évoquer les étapes de la séduction et sans doute pour la mettre en pratique avec de charmante châtelaine ! Dans les contes amoureux de ces troubadours, Don Juan avant la lettre, le premier baiser était le plus souvent le dernier, car la châtelaine avait malheureusement un châtelain qui tolérait ce genre d’affaires tant qu’elles restaient symboliques. Dans d’autres contes, notre amoureux ne se contentait plus du symbole. Le troubadour Jaufre Rudel (1125–48) écrit :

Moi, je préfère aimer et trembler pour celle
Qui ne me refusera pas sa récompense.

échecs amoureux
Otto IV Margrave de Brandenburg joue aux Échecs avec son épouse Hedwig Von Holstein

« Peu de temps après que la Reine apporta sa présence féminine sur l’échiquier, le jeu fut considéré comme le lieu de conquêtes romantiques autant que militaires », explique Marilyn Yalom. Un peu comme si l’existence de la Reine dans l’univers des soixante-quatre cases légitima la présence des femmes devant l’échiquier réservé jusque-là à la gent masculine. « Les filles de bonne famille, conclut Marilyne Yalom, pouvaient envisager ces rencontres mixtes, avec toutes les possibilités romantiques qu’elles pouvaient offrir. Les Échecs fournissaient un alibi pour les amoureux d’une rencontre dans l’intimité des jardins et des boudoirs, où ils pouvaient s’entraîner à leurs sentiments autant qu’à la pratique du jeu. Et contrairement aux dés, associée à la licence et au désordre, les Échecs devaient être joués avec une cérémonie prudente. C’était une métaphore parfaite pour l’amour… »

A ces raisons, j’en ajouterais peut-être une dernière que ne renierait sans doute pas le vieux Sigmund, à puisez dans la représentation que l’enfant peut se faire de la sexualité, au travers des sons étranges et violents venant de la chambre parentale, évoquant pour lui dans son innocence des bruits de lute, d’affrontement. Et de là, dans l’inconscient collectif, tout combat pourra évoquer un rapport sexuel.