Échecs au feminin : Le Moyen-Âge

Nos jeunes filles nobles européennes étaient-elles des émules de Dilaram ? Sans doute pas, car élevées dans les préceptes de la sainte Église, pour qui notre jeu n’était pas en odeur de sainteté, elles devaient en être tenue éloignées. Il faut savoir qu’au Moyen Age, les Échecs sont pratiqués avec ou sans dés, le lancement de dé décidant du déplacement des pièces. Les jeux de hasard sont condamnés par l’Église et les Échecs sentent donc le soufre ! Très tôt, les Perses dégagent le jeu du hasard en supprimant les dés, mais leur usage n’a toutefois pas totalement disparu, les Arabes continuant parfois à jouer leur partie au hasard, transmettant cette pratique en Occident. En 1061, le cardinal Damiani interdit au clergé de jouer. En 1254, le roi Louis IX publie un décret religieux interdisant les Échecs comme un jeu inutile et ennuyeux. En 1375, le roi Charles V de France, sous l’influence de l’église, l’interdit complètement.

Evrart de Conty , Le livre des échecs amoureux moralisés
Enluminure extraite de Evrart de Conty , Le livre des échecs amoureux moralisés 1401

Il faut attendre le début du XIVe siècle et le dominicain Jacques de Cessoles pour que l’anathème soit levé au travers de ses prêches sur « les mœurs des hommes et les devoirs des nobles à travers le jeu d’échecs ». Il rassemble ses prédications dans le Liber de moribus hominum et officiis nobilium sive super ludum scacchorum. L’ouvrage, connu en France sous le titre Le Jeu des échecs moralisés, est un traité de morale utilisant les Échecs comme métaphore. La pratique du jeu est alors fort répandue et fait partie de l’éducation des damoiseaux et damoiselles. Tout en précisant les règles du jeu, de Cessoles donnant les bases d’une instruction civique aux jeunes gens cultivés nobles et bourgeois de son temps, afin qu’ils prennent conscience des différentes catégories sociales de la société médiévale. « En établissant un parallèle entre figures du jeu et états du monde, mouvement des pièces et rapports sociaux, l’ouvrage offre à ses lecteurs passionnés une représentation du monde où s’exprime l’utopie médiévale d’un pouvoir idéalisé » Bnf.

« Comme le roi et la reine sont d’une même chair, écrit Jacques de Cessoles, celle-ci ne progresse que d’une case à la fois. En raison de sa fragilité physique, le combat lui est impropre. Mais, si l’on veut comprendre pourquoi la reine s’expose ainsi aux dangers d’une bataille, il faut se souvenir que les hommes, de tout temps, emmenaient en campagne leurs femmes, et toute leur famille. Car c’est une préoccupation légitime que le roi soit approvisionné en amour, comme il est légitime que le peuple se soucie que la question de la succession royale ne soit pas laissée en suspens. C’est pourquoi la reine doit suivre son époux pas à pas. En outre, au camp, comme au-delà des limites du royaume, elle se doit de se draper dans un voile de pudeur, afin de ne pas attiser la convoitise des hommes ».
Le Livre des mœurs des hommes et des devoirs des nobles, au travers du jeu d’échecs, vers 1315 (adapté par Jean-Michel Péchiné, Gallimard, « Découvertes », 1997

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *