Stefan Zweig : Enfermement échiquéen

Stefan Zweig, Le Joueur d'échecsComment concevoir la vie d’une intelligence tout entière réduite à cet étroit parcours, uniquement occupée à faire avancer et reculer trente-deux pièces sur des carreaux noirs et blancs, engageant dans ce va-et-vient toute la gloire de sa vie ! Comment s’imaginer un homme doué d’intelligence, qui puisse, sans devenir fou, et pendant dix, vingt, trente, quarante ans, tendre de toute la force de sa pensée vers ce but ridicule : acculer un roi de bois dans l’angle d’une planchette !

Stefan Zweig, Le Joueur d’échecs

Dans sa nouvelle, Zweig évoque l’enfermement : pour l’un de ces personnages, il s’agit d’un enfermement mental représenté par cette monomanie du joueur d’échecs passionné jusqu’à la folie. Pour l’autre, d’une privation réelle de liberté, d’un néant vertigineux, qui le mènera lui aussi dans un emprisonnement psychique et le conduira vers la même monomanie.

Une bonne mémoire pour bien jouer aux Échecs ?

Échecs

Ah ! Vous êtes joueurs d’Échecs, s’intéresse votre interlocuteur, se retenant pour ne point dire :
Que vous devez être ennuyeux ? mais opte pour le plus civilisé :
Vous devez avoir une excellente mémoire !

De toutes les idées reçues sur notre jeu, la plus courante est que les joueurs d’échecs ont une mémoire d’éléphant et que ce jeu contribue à l’améliorer. Pillsbury en est l’exemple le plus célèbre, pouvant jouer quinze parties d’Échecs et de dames à l’aveugle, tout en jouant aux cartes et mémorisant une liste énorme de mots ésotériques, les récitant à la fin de l’expérience. Kasparov pouvait se souvenir de toutes les parties de maîtres qu’il avait jouées. Cela d’ailleurs causa un incident amusant sur la chaîne télévision Thames : Gary Kasparov expliquait sa victoire sur Sofia Polgar dans le Thames Television European Speed Championships, quand le commentateur Ray Keene intervient pour corriger le Champion du Monde qui s’était souvenu des coups de manière incorrecte : la partie avait seulement été jouée la veille !

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Comment un grand maître peut-il jouer en simultané de nombreuses parties et les gagner, jouer des parties en aveugle sans voir les échiquiers, ou battre des ordinateurs dont la puissance de calcul excède très largement ses capacités cérébrales ? A-t-il une intelligence hors du commun ? Une mémoire surhumaine ? Apparemment non ! Récemment, l’imagerie cérébrale a révélé que l’activité cérébrale des spécialistes ne diffère pas notablement de celle des novices. De plus, les tests de mémorisation usuels ne mettent pas en lumière de capacités hors norme chez ces grands maîtres. Les joueurs expérimentés et les novices se distinguent par leur découpage visuel de l’échiquier. Un grand maître d’Échecs regarde entre les pièces. En identifiant les régions du cerveau mobilisées lors d’une partie d’Échecs, les chercheurs semblent dès à présent certains que la qualité du joueur allie aptitude spatiale et raisonnement analogique. Une étude américaine publiée en 2003 utilisant l’IRM (imagerie par résonance magnétique) révèle que des joueurs débutants devant déterminer mentalement le meilleur coup n’activent pas les aires du raisonnement et de la logique (partie latérale du lobe frontal), mais les lobes pariétaux, sièges des compétences spatiales. Les Échecs nécessiteraient avant tout des compétences spatiales, repérages des pièces, anticipation de leurs déplacements, positionnement de l’attention au bon endroit sur l’échiquier, identification de la pièce essentielle pour le prochain coup. Dans notre jeu, la vision jouera donc un rôle prépondérant.